Il ne manque que quelques tourbillons de poussière,
des buissons qui roulent dans les rues, le cliquetis des
wagonnets de la mine et la vie quotidienne pour s’imaginer
à Hollywood. A la sortie de Pozo al Monte, ce n’est
pas un décor de cinéma qui accueille le
raid à la veille de son arrivée à
Arica. C’est Humberstone, ville fantôme. Une
drôle d’histoire industrielle et humaine qui
a duré 128 ans.

Entre
Lucky Luke et la petite maison dans la prairie. C’est
la première impression que ressent un Européen
en s’engageant dans les rues d’Humberstone.
Pas vraiment chilien comme patelin, mais nommé
ainsi en hommage à son fondateur, Santiago Humberstone.
1831. C’était l’âge d’or
des mines. Ici, à ciel ouvert, on extrayait le
salpêtre, la potasse. Dans le village qui a abrité
jusqu’à 7000 personnes, tout est en bois
et en terre. Dès les premiers pas, on a le sentiment
que tous sont partis précipitamment la veille,
sans pouvoir tout emporter. Dans les quartiers résidentiels,
on note bien les différences de classes entre les
maisons des mineurs, celles des contremaîtres. Les
résidences les plus cossues ressemblent à
des demeures coloniales. Mais bien loin du Mississipi.
Au détour des rues, on trouve encore presque intacts
: l’école avec ses pupitres, le collège,
l’église, le marché couvert, le cinéma
théâtre, l’hôpital, une fabrique
de glace, des drugstores et même une piscine et
un court de tennis éclairé par des lampadaires
suspendus.
Tout
au fond du site qui s’étend sur une cinquantaine
d’hectares, les installations minières et
industrielles gisent près de la fosse. Dans les
ateliers, ça grince, ça crisse, ça
claque…Des tôles percées, des puits
de lumière descendent et redonnent un peu de vie
aux établis et aux machines. Les rails qui mènent
à la mine se perdent dans le sable. Un peu partout,
des ferrailles entassées, des machines rouillées
dominées par une immense cheminée. Et au
fond, symbole du terminus et de la fin d’une époque,
une locomotive à vapeur échouée aux
portes du désert.
Nous terminerons cette magnifique journée par un
match de foot. Les couleurs argentines n’auront pas
porté chance à nos raideurs, l’équipe
chilienne gagne le match par 5 buts à 1. Le sport
aura, une fois de plus, permis la réunion de deux
cultures différentes.
Ici,
à Humberstone, la vie, la ville et la mine se sont
arrêtées en 1959, quand la concurrence des
produits allemands de synthèse est devenue trop
forte. Pendant 128 ans, la mine a été dirigée
par un Chilien, un Anglais, un Français, un Allemand…
Les mineurs et leurs familles sont partis vers Santiago
ou Antofagasta chercher une nouvelle vie. Une histoire
humaine et industrielle venait de se terminer.
En 2002, Humberstone a été déclaré
musée national. Une palissade empêche maintenant
le site d’être souillé et dépouillé
un peu plus. Tout récemment, l’Unesco a classé
la ville au patrimoine de l’humanité. Quelques
aménagements permettront d’assurer la sécurité.
Tout le reste sera nettoyé mais laissé en
l’état. Témoin du passage de la révolution
industrielle au Chili. Jour et nuit, trois gardiens veillent
sur les fantômes.
Hogar
de Cristo, avec les pauvres parmi les pauvres

« Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait
me manquer. » Dans l’entrée
de l’association Hogar de Cristo (Foyer du Christ)
à Arica, les premières lignes du Psaume
23. Lionel s’arrête d’un coup. «
C’est mon préféré. Ce n’est
pas un hasard si on aide cette association au Chili. »
Autour de lui, des papys indigents sont assis et regardent
le match Bolivie-Chili à la télé.
Comme des enfants abandonnés ou maltraités,
comme des jeunes toxicomanes, ils sont pauvres parmi les
pauvres soutenus par Hogar de Cristo.
Hogar de Cristo a été fondée par
le père Alberto Hurtado il y a 60 ans. Pour ce
projet des amis du monde, tout a commencé lorsque
Lionel a fait part de son idée du Chili à
une amie espagnole de Forges-les-Eaux : «
Ses parents soutenaient Hogar de Cristo au Chili. Elle
m’a donné les coordonnés et j’ai
proposé une action d’entraide. »
« Durant l’année 2003, 2000 personnes
en Normandie et dans les Alpes ont soutenu le projet.
Ce sont Carlos Grawe, l’administrateur et Pamela
Collao, directrice sociale qui présentent l’association
: « Hogar de Cristo existe au Chili et au
Pérou. Au Chili, il y a cinquante filiales dont
une à Arica. Dans la ville, nous nous occupons
de onze centres d’accueil. » Sur
les 180000 habitants, 8500 sont très pauvres. Et
les bidonvilles s’étendent encore bien que
le gouvernement construise de petites maisons faites pour
quatre familles. Mais elles hésitent à s’y
rendre, car là, il faut payer l’eau et l’électricité.
Parmi ces pauvres parmi les pauvres, 450 sont aidés
chaque jour par Hogar de Cristo. « Nous
nous occupons de personnes âgées pour les
repas et le logement, nous avons aussi un foyer familial
pour les 2-18 ans. Ce sont des orphelins ou des enfants
victimes de maltraitances ou d’abus divers. »
L’association s’occupe aussi d’un centre
d’accueil pour jeunes toxicomanes. A Arica, Hogar
de Cristo emploie 40 personnes et bénéficie
de l’aide de cent bénévoles. Les amis
du monde ont financé l’achat de 15000 euros
de médicaments. C’est la première
fois qu’une organisation étrangère
se tourne vers elle. Et qui plus est, vient à sa
rencontre. Les rencontres ont été tellement
riches, l’accueil si chaleureux, qu’un deuxième
raid au Chili et une nouvelle action d’entraide
pourraient voir le jour dans les prochaines années.
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