" La Grande Dame des Andes" : l'actualité

 06 avril 2004

Humberstone, la ville minière fantôme

Il ne manque que quelques tourbillons de poussière, des buissons qui roulent dans les rues, le cliquetis des wagonnets de la mine et la vie quotidienne pour s’imaginer à Hollywood. A la sortie de Pozo al Monte, ce n’est pas un décor de cinéma qui accueille le raid à la veille de son arrivée à Arica. C’est Humberstone, ville fantôme. Une drôle d’histoire industrielle et humaine qui a duré 128 ans.

Entre Lucky Luke et la petite maison dans la prairie. C’est la première impression que ressent un Européen en s’engageant dans les rues d’Humberstone. Pas vraiment chilien comme patelin, mais nommé ainsi en hommage à son fondateur, Santiago Humberstone. 1831. C’était l’âge d’or des mines. Ici, à ciel ouvert, on extrayait le salpêtre, la potasse. Dans le village qui a abrité jusqu’à 7000 personnes, tout est en bois et en terre. Dès les premiers pas, on a le sentiment que tous sont partis précipitamment la veille, sans pouvoir tout emporter. Dans les quartiers résidentiels, on note bien les différences de classes entre les maisons des mineurs, celles des contremaîtres. Les résidences les plus cossues ressemblent à des demeures coloniales. Mais bien loin du Mississipi. Au détour des rues, on trouve encore presque intacts : l’école avec ses pupitres, le collège, l’église, le marché couvert, le cinéma théâtre, l’hôpital, une fabrique de glace, des drugstores et même une piscine et un court de tennis éclairé par des lampadaires suspendus.

Tout au fond du site qui s’étend sur une cinquantaine d’hectares, les installations minières et industrielles gisent près de la fosse. Dans les ateliers, ça grince, ça crisse, ça claque…Des tôles percées, des puits de lumière descendent et redonnent un peu de vie aux établis et aux machines. Les rails qui mènent à la mine se perdent dans le sable. Un peu partout, des ferrailles entassées, des machines rouillées dominées par une immense cheminée. Et au fond, symbole du terminus et de la fin d’une époque, une locomotive à vapeur échouée aux portes du désert.

Nous terminerons cette magnifique journée par un match de foot. Les couleurs argentines n’auront pas porté chance à nos raideurs, l’équipe chilienne gagne le match par 5 buts à 1. Le sport aura, une fois de plus, permis la réunion de deux cultures différentes.

Ici, à Humberstone, la vie, la ville et la mine se sont arrêtées en 1959, quand la concurrence des produits allemands de synthèse est devenue trop forte. Pendant 128 ans, la mine a été dirigée par un Chilien, un Anglais, un Français, un Allemand… Les mineurs et leurs familles sont partis vers Santiago ou Antofagasta chercher une nouvelle vie. Une histoire humaine et industrielle venait de se terminer.
En 2002, Humberstone a été déclaré musée national. Une palissade empêche maintenant le site d’être souillé et dépouillé un peu plus. Tout récemment, l’Unesco a classé la ville au patrimoine de l’humanité. Quelques aménagements permettront d’assurer la sécurité. Tout le reste sera nettoyé mais laissé en l’état. Témoin du passage de la révolution industrielle au Chili. Jour et nuit, trois gardiens veillent sur les fantômes.

Hogar de Cristo, avec les pauvres parmi les pauvres

« Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer. » Dans l’entrée de l’association Hogar de Cristo (Foyer du Christ) à Arica, les premières lignes du Psaume 23. Lionel s’arrête d’un coup. « C’est mon préféré. Ce n’est pas un hasard si on aide cette association au Chili. » Autour de lui, des papys indigents sont assis et regardent le match Bolivie-Chili à la télé. Comme des enfants abandonnés ou maltraités, comme des jeunes toxicomanes, ils sont pauvres parmi les pauvres soutenus par Hogar de Cristo.

Hogar de Cristo a été fondée par le père Alberto Hurtado il y a 60 ans. Pour ce projet des amis du monde, tout a commencé lorsque Lionel a fait part de son idée du Chili à une amie espagnole de Forges-les-Eaux : « Ses parents soutenaient Hogar de Cristo au Chili. Elle m’a donné les coordonnés et j’ai proposé une action d’entraide. »

« Durant l’année 2003, 2000 personnes en Normandie et dans les Alpes ont soutenu le projet. Ce sont Carlos Grawe, l’administrateur et Pamela Collao, directrice sociale qui présentent l’association : « Hogar de Cristo existe au Chili et au Pérou. Au Chili, il y a cinquante filiales dont une à Arica. Dans la ville, nous nous occupons de onze centres d’accueil. » Sur les 180000 habitants, 8500 sont très pauvres. Et les bidonvilles s’étendent encore bien que le gouvernement construise de petites maisons faites pour quatre familles. Mais elles hésitent à s’y rendre, car là, il faut payer l’eau et l’électricité.

Parmi ces pauvres parmi les pauvres, 450 sont aidés chaque jour par Hogar de Cristo. « Nous nous occupons de personnes âgées pour les repas et le logement, nous avons aussi un foyer familial pour les 2-18 ans. Ce sont des orphelins ou des enfants victimes de maltraitances ou d’abus divers. » L’association s’occupe aussi d’un centre d’accueil pour jeunes toxicomanes. A Arica, Hogar de Cristo emploie 40 personnes et bénéficie de l’aide de cent bénévoles. Les amis du monde ont financé l’achat de 15000 euros de médicaments. C’est la première fois qu’une organisation étrangère se tourne vers elle. Et qui plus est, vient à sa rencontre. Les rencontres ont été tellement riches, l’accueil si chaleureux, qu’un deuxième raid au Chili et une nouvelle action d’entraide pourraient voir le jour dans les prochaines années.

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