" La Grande Dame des Andes" : l'actualité

 04 avril 2004

La solidarité traverse l’Atlantique
par Joëlle Lefrançois

Jeudi 1er avril
C’est avec une grande impatience que nous débutons cette journée. Outre le défi sportif avec le dépassement de soi dans l’effort qu’auront parcourus avec courage chacun des raideurs, sous le soleil intense du Chili et ses routes vallonnées, il reste à concrétiser l’entraide. Après la journée d’hier un peu protocolaire, la présidente des Amis du Monde et le président d’Hogar de Cristo signent devant la presse locale la convention de partenariat. Elle spécifie les modalités de l’entraide : l’association devra rendre des comptes tous les trois mois sur les dépenses effectuées. Pamela, la directrice de la filiale d’Arica, nous a prévu la visite de deux centres afin que nous puissions voir concrètement le travail sur le terrain.

Nous débutons donc cette journée par la visite d’un centre qui accueille des enfants de 5 a 18 ans. L’équipe éducative nous explique tout le travail pédagogique qu’elle mène. C’est une prise en charge tant sur le plan éducatif, social et sanitaire, en lien avec les familles qui est mené. Des activités manuelles et culturelles comme des sorties ou l’organisation de spectacles de danse sont organisés. Nous ne rencontrerons pas les enfants car le responsable du centre nous explique que ce travail s’effectue maintenant depuis un an là où vivent les enfants. En partant, Pamela nous montre le bidonville où vivent ces enfants. Tôles, planches, s’enchevêtrent pour composer un semblant de maison. Ici il n’y a ni eau , ni électricité. Les problèmes de violence envers les enfants et de drogues sont fréquents. Nous poursuivons cette visite non sans une arrière pensée que nous sommes des privilégiés de pouvoir ainsi parcourir le monde même si le confort n’a pas toujours était au rendez-vous. Qu’importe , pour nous cela n’aura durée qu’un mois.

Le deuxième centre accueille des jeunes hommes et femmes confrontés à la dépendance de la drogue. C’est une démarche volontaire où pendant les trois premiers mois, les résidents n’ont pas le droit de sortir y compris le week-end. Après une rapide visite du centre accompagné des regards étonnés, gênés, curieux de part et d’autre, la responsable de ce centre invite tout le groupe à former un cercle. C’est ainsi que ce fait l’accueil de nouveaux venus. Tout le monde est ainsi au même niveau. Un jeune homme commence par se présenter et explique comment il est venu au centre. Deux autres jeunes effectuent le même rituel.
Puis c’est au tour des raideurs, avec Aymeric qui commence cet exercice qui n’est jamais simple à faire devant des inconnus. Léna effectue la traduction. Lionel interviendra à la fin pour présenter le raid et ses objectifs.
Pour nous remercier de notre venue, étonnés qu’ils sont de voir des français s’intéresser à leur sort, ils nous interprètent une chanson. Elle raconte la vie d’un jeune drogué et toute sa souffrance. C’est un moment fort.
Nous passons à table et c’est par une prière que débute le repas. Chacun se mélange et malgré la barrière de la langue les échanges sont riches et amusés.

Nous terminerons cette magnifique journée par un match de foot. Les couleurs argentines n’auront pas porté chance à nos raideurs, l’équipe chilienne gagne le match par 5 buts à 1. Le sport aura, une fois de plus, permis la réunion de deux cultures différentes.

La solidarité Partenariat médical
par Fabrice Duparc

Lionel Le raid sportif est terminé. L’opération d’entraide, débutée depuis plusieurs mois, a abouti avec la signature de la Convention entre l’association locale Hogar de Cristo et l’association des Amis du Monde, et la remise des fonds collectés destinés à l’achat de médicaments et de produits de soins. De façon inattendue, l’événement prend une importance particulière du fait de l’actualité. En effet le Père Hurtado, fondateur de l’association Hogar de Cristo, est à la une des journaux par la décision papale de canoniser ce bienheureux semble pratiquement acquise.
J’ai pu rencontrer mes collègues chirurgiens orthopédistes d’Arica. Le contact n’a pas failli à ce que nous avons observé avec nos amis chiliens. Prudent, calme, puis riche et généreux. Ils exercent leur métier avec passion, en regrettant cependant d’être aussi loin de tout. Dans ce pays « vertical » tout en longueur, un transfert de patient ou un déplacement vers Santiago nécessitent trois heures d’avion. Nous avons passé la journée ensemble, à l’hôpital, dans la clinique et dans le centre de la mutualité des travailleurs, et participé à la réparation d’un doigt écrasé porteur d’une fracture ouverte. Les rapports avec les patients sont confiants et cordiaux, calmes, loin de la relation procédurière dans laquelle a sombré notre exercice chirurgical en France. Quel plaisir de retrouver ces moments riches entre le patient et son chirurgien !
Nous avons pu passer deux soirées ensemble, instants précieux et cordiaux d’échanges avec des collègues du bout du monde. Un restaurant d’Arica en a été quitte pour une large consommation de nappes en papier et de feutres, lorsque la table est devenue une salle de conférence de techniques chirurgicales orthopédiques et traumatologiques jusque tard dans la nuit.
Cette rencontre a été un début. Le CHU de Rouen fait partie des centres éligibles dans le projet « Programmalban » de prise en charge de personnels médicaux et paramédicaux de pays d’Amérique du Sud, subventionné par la Communauté Européenne. Localement, certains collègues sont très intéressés. J’espère vivement que de tels échanges pourront se concrétiser dans un avenir proche.

Impressions des raideurs :

Joël :
« Le raid de la Grande Dame des Andes fut une aventure hors du commun, où j’ai appris l’humilité et l’ouverture vers les autres. Il y a eu beaucoup de moments forts dans la traversée, mais les plus marquants au niveau sportif resteront la montée des lacets vers l’Argentine, le Salar d’Atacama et enfin la montée de San Pedro de Atacama vers les Geysers del Tatio. Je n’ai jamais ressenti physiquement autant de douleurs et de fatigue à l’arrivée d’une étape. L’altitude, le froid ont été les facteurs de celles-ci, mais le chemin aussi : gravir 4800 mètres tantôt dans du sable, tantôt sur des cailloux, ne fut pas de tout repos. C’est là que j’ai vraiment mesuré l’importance d’une bonne préparation : tout le travail effectué en France, dans les Hautes-Alpes pour l’altitude, sur les pavés du nord pour les vibrations, m’a montré son efficacité et j’en remercie Lionel.
Mais le raid ne fut pas que sportif. La rencontre du peuple chilien accueillant et toujours serviable et imperturbable - comme nos deux chauffeurs Alberto et Victor, restera une leçon de modestie. Pour conclure ce raid, l’arrivée à Arica, l’étape finale. Le but de notre travail réalisé pendant 14 mois se concrétise enfin non sans une petite amertume de devoir bientôt quitter le Chili. C’est une sensation bizarre : je ne souhaitais pas que ce raid se termine, et en même temps j’étais pressé d’arriver pour partager ces moments avec les jeunes de l’association Hogar de Cristo. J’ai pu mesurer le travail de toute l’équipe ainsi que des personnes qui ont contribué au financement de l’entraide, me rendre compte par moi-même de leurs besoins sur le terrain et de l’utilisation concrète de l’aide apportée. Merci aussi à nos partenaires qui nous ont fait confiance et aux écoles qui nous ont suivis et portés vers la Grande Dame. »

Aymeric :
« Mon compagnon est désormais démonté et placé dans sa sacoche, prêt à prendre l’avion à Santiago. L’équipe et moi sommes dans l’Albertomobile qui nous mène d’Arica à Santiago. Derniers moments avec elle. Derniers moments pour contempler les paysages contrastés du Chili. Il reste encore 1000 km, et je me prépare à retrouver bientôt Rouen, l’université et ses partiels, mon travail à Monoprix. Dur dur après cinq semaines comme on vient de vivre, mais le principal est là : on a réussi les défis qu’on s’était fixé et je vais retrouver famille, amis et football. La Grande Dame aura permis de vivre des moments inoubliables à vélo dans le désert d’Atacama, dans le col de Portillo, et dans l’étape finale à Arica où toute l’équipe a donné ce qui lui restait. Ainsi, je dois dire que tout le plaisir que j’ai ressenti à vélo pendant les étapes s’est prolongé à chaque fois avec certains membres de l’équipe : le sport, ça rassemble c’est vrai, mais le principal est d’avoir l’esprit ouvert à l’autre. Enfin, je garderai en mémoire cette journée à Arica en compagnie de Cristian, Victor, Viviana, Emilio et Luiz, en difficultés sociales, avec qui nous avons pu partagé un repas, nos impressions sur la vie, pui un match de football où le fairplay et l’envie de partager ce moment importait plus que le résultat. »

Léna :
« Ce voyage a été extrêmement enrichissant. Il m’a permis de découvrir une autre réalité, autre que notre petit confort en France. Ici les gens sont souriants, accueillants, généreux, ouverts, toujours prêts à aider, et pourtant si modestes. Ca donne à réfléchir… Chaque rencontre est un moment de plaisir. Une diversité de paysages incroyables gravés à vie dans ma mémoire. Des paysages tellement purs, entre le désert, le Salar, l’océan…
Autre point particulièrement important : les relations humaines. Vivre 24 heures sur 24 en communauté n’est pas toujours simple, surtout lorsque les personnes sont toutes si différentes. Je pense que chacun a fait des efforts de son côté et que pour cela nous avons réussi à former un groupe soudé. Je sais d’ailleurs que le retour en France ne sera pas facile, se séparer de toutes ces personnes va être douloureux pour ma part.
Ceci dit, je ne peux nier une certaine frustration car même si je savais que l’expérience se ferait dans le cadre d’un raid, je pensais voir, découvrir, plus en profondeur le Chili. D’une part, parce qu’un mois c’est un peu court pour connaître un pays, et d’autre part parce que nous étions souvent toujours pris par le temps et trop souvent dans le bus. En ce qui concerne la partie entraide, elle a été particulièrement émouvante, c’est dommage qu’elle ait été si brève. J’aurais aimé passer davantage de temps avec ces jeunes que nous avons rencontrés dans un centre de réinsertion suites à des problèmes de drogue et d’alcool. J’aurais aussi aimé pouvoir aider concrètement, rencontrer des enfants, des adultes, échanger, discuter, jouer avec eux. Mais malheureusement le temps pressait car nous sommes arrivés plus tard que prévu à Arica.
Je suis particulièrement reconnaissante envers les Amis du Monde pour m’avoir permis de vivre une expérience aussi mémorable. »

Pascal :
« J’écris ces lignes dans l’ « Albertomobile » sur le chemin du retour et il me semble avoir gravi chaque montagne, planté la tente sur chaque terrain qui défilent sous mes yeux. Partout c’est encore l’immensité d’un terrain aride, sans herbe, mais je ne dirais plus austère car le Chili du nord notamment, m’a révélé des paysages magnifiques, grandioses. Bien sûr il a fallu aller les trouver, certains à plus de 4 000 mètres d’altitude, ce ne fut pas facile, mais c’était le juste prix à payer. Le parcours et les conditions du raid avec Lionel ne doit pas – j’imagine – se trouver dans aucune agence de voyage, même celles spécialisées pour l’aventure. D’ailleurs une ambiance de travail était toujours omniprésente : l’intendance, les articles pour le site Internet, l’entretien des « compagnons », la recherche du parcours etc … Malgré, ou grâce à cela, l’ambiance fut excellente, j’en garde une richesse personnelle. Tout comme la rencontre avec les chiliens qui, sur une terre et sous un climat plus difficile à supporter qu’en Europe, mais également, ne bénéficiant que de peu ou pas d’avantages sociaux bref, avec peu de facilités, les chiliens demeurent accueillants chez eux, vous offrent l’eau, l’électricité, le gîte et le couvert. Quelle leçon ! Ils dégagent une amabilité tranquille où le stress ne semble pas avoir de place. Par ailleurs, je suis content d’avoir rencontré une école, heureux que des élèves chiliens acceptent de correspondre avec des élèves français. Enfin je garde en souvenir ce moment fort que fut la rencontre avec l’association Hogar de Cristo à Arica, surtout la visite de l’un de ses centres. Chaque action y est formalisée pour que puissent comprendre et s’insérer ceux qui ne furent pas gâtés au départ de leurs vies…. La partie de football organisée sur un terrain sablonneux, très venteux, en bordure d’une route passante – sans protection (plusieurs fois nous sommes allées chercher le ballon de l’autre côté de la route), sous un soleil écrasant, presque perdu à la sortie de la ville devant des montagnes impressionnantes faites de pierres et poussières restera un souvenir plutôt fort. Il fallait y être, courir au milieu de ce terrain de football là, sentir l’importance qu’elle revêtait dans la vie de ces jeunes chiliens. J’ai presque touché l’impalpable, lâché prise avec l’avoir pour l’être. J’étais en communion. Pour conclure, je voudrais encore une fois remercier mes collègues de travail, Amis, parents, inconnus qui ont participé à l’action d’entraide, remercier également Frédérique, mes enfants, Antoine et Paul, pour leurs participations indirectes pendant toute l’année de préparation en 2003, remercier aussi ceux qui m’ont soutenu de près et de loin pendant les baisses de conditions en septembre, en décembre et une fois pendant le raid. A tous qui hésitez encore quand l’occasion se présente, j’adresse mes plus vifs encouragements à passer à l’action. »

Marcel :
« J’ai rencontré Pascal à Vire en novembre 2002, et nous avons commencé les entraînement en février 2003. C’est comme ça que le raid a commencé. On s’entendait bien et ce fut pareil avec tout le monde au Chili. J’ai vu de beaux paysages, tel celui chez le vigneron, et je n’aurais pas vu ça tout seul. Merci Lionel. La première montée mythique du raid avec ses lacets à l’infini, celle qui menait les camions en Argentine, fut pour moi très belle mais également très difficile. La vie de raideur m’a bien plu, mais cinq semaines suffisent. J’ai remarqué que les chiliens prennent leur temps en toute chose, et je trouve que c’est bien. En France, on est toujours pressé. La viande et le vin du Chili sont excellents. Le « compagnon », vélo tout chemin, fut remarquable, fidèle sur n’importe quel terrain. A Arica, on s’est approché d’un bidonville à côté d’une décharge publique. Quelle pauvreté ! Cela ne devrait plus exister au siècle d’aujourd’hui. Pourquoi y a-t-il tant d’argent utilisé, « gaspillé » par ailleurs, quand des hommes, des femmes et des enfants ont faim ? »

Thomas :
« Excusez-moi mais, dans mes impressions, je ne parlerai ni des paysages ni, de la population, ni du Chili. J’ai choisi de parler d’un aspect du raid qui m’a particulièrement touché. Durant ces cinq semaines, j’ai trouvé quelque chose que je n’étais peut-être pas venu chercher, cette chose, c’est la vie de groupe. J’ai pu vivre des moments exceptionnels et rares avec certaines personnes. Une véritable famille s’est dessinée, dans laquelle on a pu partager nos mécontentements mais aussi des discussions, des émotions, des sourires. Ces échanges intenses, souvent uniques, nous apportent énormément. Nous aide à évoluer, à mieux se connaître, à continuer d’avancer dans la vie. Je sais que la séparation sera pour ma part très difficile, je vais quitter des personnes formidables, alors à tous ceux qui ont partagé mon quotidien, mes soirées, je voudrais simplement dire merci.
D’autre part, je voudrais parler d’une autre partie du raid qui me tient à cœur, l’entraide. Quand je me suis engagé dans cette aventure, ma motivation première était de pouvoir apporter quelque chose à des personnes dans le besoin. Après l’avoir vécu, je dois dire que j’ai été déçu sur certains points. Tout d’abord, j’aurai préféré avoir plus d’informations sur l’association que l’ on aide. Ensuite, j’aurai aimé que le temps consacré à l’entraide soit plus long, seulement 2 jours sur l’ensemble du raid me semble trop peu. Nous aurions pu au moins passer une semaine à Arica pour partager plus de chose avec les personnes en difficultées. Quand nous sommes arrivés, j’était frustré, car nous nous sommes présentés, genre bonjour c’est nous les occidentaux, on a fini notre raid, on vous apporte de l’argent, on fait la réunion protocolaire et puis c’est tout. Le lendemain, devant les favelas, même frustration, avec, excusez-moi l’expression, une visite du type zoo. Heureusement, après, il y a eu le moment passé au centre pour jeunes en cure de désintoxication qui était très bien, mais je déplore que c’eût été le seul. Même s’il y a des points positifs, je dois dire, pour faire court et résumer mon ressenti, que je ne partage pas la même conception de l’entraide que les Amis du Monde. Cela dit je ne remets en aucun en cause le travail réalisé par toutes les personnes pour l’entraide, car la somme apportée à Hogar de Cristo n’ est pas négligeable.
Enfin, une belle aventure humaine se termine, tout ce que j’ai à dire, c’est qu’il faut faire ce que vous avez envie de faire, ce en quoi vous croyez, aimer la vie et profiter au maximum du moment présent.
Le mot de la fin pour remercier toutes les personnes qui nous ont soutenus, qui nous ont suivis, car il ne faut pas oublier que sans elles on n’existe pas. »

Galerie photos

 

La gazette médicale de la Grande Dame des Andes
par Fabrice Duparc

La condition physique dans un raid de longue durée.
Etonnante ! C’est le mot qui vient lorsque l’on observe la condition physique des raideurs, après 4 semaines, des milliers de km et dans des situations souvent difficiles de chaleur et de forte dénivellation en altitude.

Le secret : tout d’abord, le choix des participants dans les épreuves de sélection. Tout le monde ne peut pas avoir le physique et le mental nécessaires. Ensuite le temps de préparation, 18 mois, pour une montée progressive en puissance et en résistance. Bien entendu, il faut « manger du km », il en ont parcouru près de 15000 en toutes circonstances. De plus, le respect des temps de récupération, après les efforts intenses, pour préserver le capital musculaire et reconstituer les réserves d’énergie.
Ces paramètres sont individuels. Ils s’ajoutent aux données collectives de soutien réciproque en cas de défaillance passagère inévitable d’un membre de l’équipe, à l’encouragement réciproque, à l’engagement partagé de chaque participant pour la bonne marche du groupe.
Ces considérations dépassent le niveau sportif d’un tel raid, car l’équipe n’était pas reçue le soir dans des hotels conforables, mais campait dans le désert. Il fallait aussi assurer l’approvisionnement en eau, indispensable, et la logistique, toutes ces taches partagées étaient des instants de repos en moins, à titre personnel, mais des moments d’investissement intense à titre collectif.

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