" La Grande Dame des Andes" : l'actualité

 30 mars 2004

Le rendez-vous avec la Grande Dames des Andes (2500m, 3200m, 3600m, 4000m, 4620m)
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Vendredi 26 mars, Calama – San Pedro de Atacama
Après une nuit fraîche à quelques kilomètres de Calama et un petit déjeuner rythmé par les rafales du vent chilien, l’Albertomobile emmène Lionel et les raideurs en ville car ils ont un rendez-vous téléphonique avec France 3 et le collège Jean Moulin de Salon de Provence. Pendant ce temps, Gilles, Cédric, Julien, Anaïs et Jean-Paul partent en 4X4 dans le désert à la recherche d’images et filent à San Pedro pour trouver Internet.


La Piscomobile a besoin d’aide !

Il est 10 heures quand Lionel commence l’étape du jour : Calama – San Pedro de Atacama, soit 128 kilomètres.


L’Albertomobile arrive à San Pedro, splendide petit village niché au creux d’une oasis en plein désert d’Atacama, devenu ces dernières années l’un des principaux pôles touristiques du nord du Chili. Le centre du village, tout en adobe (terre) a été déclaré monument national, ce qui interdit tout changement architectural. Les petites maisons basses, les ruelles de terre, une tranquille place ombragée avec vue sur le somptueux volcan Licancabur (5916 mètres) lui donnent un charme fou.


Les murs en adobe (terre) de San Pedro de Atacama

Sur la place du village

L’église de San Pedro de Atacama

Au beau milieu du désert

Pendant que les raideurs et le reste de l’équipe profite de ces moments privilégiés, Lionel se mord les doigts d’avoir cru qu’il y aurait au moins une station essence entre Calama et San Pedro où il pourrait se réhydrater. Il n’y a rien de tout ça, sa bouteille d’eau d’un litre et demi est bien vite asséchée et son corps se déshydrate. Heureusement, toutes les voitures qui passent (une quinzaine au total) lui propose un peu d’eau, et même de la glace ! Mais cette grande solidarité, tellement caractéristique de la population chilienne, ne suffit pas à lui éviter une violente insolation. Après 5 heures de vélo et trois litres d’eau absorbés (au lieu de 9), Lionel arrive enfin, complètement déshydraté. Les raideurs, en pleine après-midi touristique, n’ont pensé que trop tard à lui apporter de l’eau. Dès son arrivée, il est pris en charge par Fabrice qui lui couvre la tête d’une serviette humide pour stopper ses tremblements.
Les raideurs partent trouver un campement à quelques kilomètres de la ville, sur le terrain d’une propriété privée dont le maître de maison a accepté, comme toujours au Chili, de leur ouvrir ses portes. Après le dîner, les plus téméraires partent en ville et s’encanaillent dans une boite de nuit à ciel ouvert, où les gens se déhanchent autour d’un feu chatoyant.

Samedi 27 mars, Geysers del Tatio, la route des vallées suspendues.
Dans un champ, à deux minutes de San Pedro de Atacama, le nouvel eldorado hippie, déjà cerné par l’industrie des balades en bus et des marchés artisanaux. 6h30, lever pour l’étape des sommets vers les geysers del Tatio. Dès la sortie du village, plus rien.


Départ groupé pour l’une des étapes les plus physiques du raid :
90 kilomètres dont une petite soixantaine en montée.
La piste serpente dans un décor de matin du monde fait de poussière et de cailloux. Tout juste quelques touffes d’herbe et de cactus. Le soleil rythme les heures et les couleurs. Les collines du désert passent par toutes les nuances de brun et de terre.

Entre salar et sommets enneigés, première halte. Les raiders approchent… L’équipe du film prépare un plan latéral. Lionel et sa bande vont passer dans un décor de western cinémascope entre Nouveau-Mexique et Colorado. Voilà vingt kilomètres que les raiders grimpent. Une cuillère de semoule par personne. Pas plus. Et ils repartent sur la tôle ondulée, comme si le vélo s’était mué en marteau-piqueur.

Le reste du groupe fait aussi ses pauses photo, comme aux thermes de Puritana. Vers 3500 mètres d’altitude, le mal des montagnes commence à se faire sentir pour certains. Pour les raiders non plus, ce n’est pas facile. Les petites défaillances et les montées en accordéon succèdent à la marche à côté du vélo. Après 55 kilomètres de grimpette ininterrompue, pause pique-nique.

Lionel a laissé partir les raiders : « J’y arriverai, ça va repartir ».

Le terrain de altiplanos est plat comme la Beauce.
Mais l’oxygène qui manque rend difficile le moindre geste
et rappelle à tous que nous sommes à 4000 mètres d’altitude
Les raiders arrivent les uns après les autres. Lionel est un peu « en panne » à l’arrière. Sa longue chevauchée de la veille entre Calama et San Pedro de Atacama se fait sentir. Les jours passant, il en veut toujours plus. Des accompagnateurs vont aux nouvelles. Il ne veut rien savoir. Que chacun vive sa vie jusqu’au soir. Lui finira, à pied et de nuit s’il le faut. Les jambes en coton, le coup de chaud, ça finira par passer. La volonté fera le reste.
14h, ça repart. Le plus dur est fait. On arrive sur les altiplanos, les vallées suspendues. Le coup de pédale est plus aisé. Sur fond de volcan Putama, des paysages lunaires. Pas un brin d’herbe, des tourbillons de poussière. Des vigognes, ça et là.

Tout là-haut, les vigognes saluent le défi des raideurs.

Au milieu de nulle part, un carrefour. Les premiers à passer dessinent une flèche avec des cailloux pour les raiders. Pour trois d’entre nous, le mal de tête se fait plus intense. Alors qu’il ne reste presque rien -mais ils ne le savent pas- quatre raider mettent pied à terre : Pascal, Marcel, Aymeric et Thomas en ont assez.


Les trente derniers kilomètres sont moins difficiles… si on peut dire.
Mais quelques raideurs ont déjà beaucoup donné.

Pour aller le plus loin possible, le groupe se serre les coudes
et les guidons. Lionel, lui, revient petit à petit.

A 4000 mètres, Joël ira à la rencontre de Lionel, pour l’aider à finir ses 90 bornes de défi. Le coup de pompe, les traits tirés et les lacets qui n’en finissent plus ont été lâchés. Les deux raiders finiront au sprint. A leur arrivée au gîte vers 4600 mètres, l’un à côté de l’autres, ils sont applaudis par le groupe et les Chiliens présents qui n’en reviennent pas. L’œil dans la caméra, Gilles avouera avoir ressenti un frisson.


Joël est retourné sur ses traces à la rencontre de Lionel pour le soutenir et l’accompagner.

Le coup de mou du raideur en chef est oublié.
Le groupe est fourbu mais content de sa journée.

A Le groupe s’installe avant de faire, le lendemain matin, les dix-sept derniers kilomètres vers la terre promise : le spectacle des geysers dans la lumière de l’aube. Malheureusement pour Sébastien, Martine et Christine, ce sera par procuration. Le mal des montagnes leur est trop pénible. Dans la soirée, ils redescendront à San Pedro.

A côté des deux chambrées, une sorte de local complètement atypique réunit ceux qui sont parvenus dans ces hauteurs hors du temps. A l’intérieur, l’équipe se mêle à un groupe de chiliens venus passés le week-end dans le gîte. Ils sont tous chauffeurs de taxi collectif (collectivos) à Calama, mais viennent pêcher pendant leur temps libre dans le Rio Putana, à une centaine de mètres de là. Aujourd’hui la pêche a été bonne, ils offrent des truites à toute l’équipe qui se délecte de ce poisson frais. Pour se réchauffer, les raideurs goûtent aussi au Calimucho, mélange de vin rouge et de Coca.


Ambiance chaleureuse à 4620m d’altitude

Au menu : truites pêchées dans le Rio Putana

Léna fait désormais partie de la famille !
Dans ce cadre tellement particulier, après une journée si riche en émotions, tout le monde ressent une douce fatigue qui donne aux visages une expression joyeuse et sereine.
Dans un brouhaha enthousiaste, Cédric relève avec succès un « défi dominos » lancé par les chiliens amusés. Il est 22 heures. Cette nuit les raideurs dormiront dans un lit et entendent bien en profiter.

Dimanche 28 mars, Geyser del Tatio – San Pedro de Atacama
Le désert a laissé peu à peu place à un relief et une végétation de type altiplanique – les montagnes sont couvertes d’herbes jaunâtres très courtes, alors que l’aube baigne d’une lumière rose les volcans et les montagnes aux cimes enneigées. A 5h45, l’équipée grimpe dans les deux véhicules qui lui permettront de monter à 4300 mètres d’altitude pour assister à un spectacle grandiose : le lever du soleil sur les Geysers del Tatio. C’est le matin très tôt que les geysers sont les plus impressionnants : l’air encore froid crée de hautes fumerolles en se condensant au contact de la chaleur projetée, et les différents minéraux donnent à ce spectacle des colorations étonnantes.


Les Geysers del Tatio au lever du soleil

Les geysers fument au contact de l’air froid

Aucun plan ne lui échappera

Le spectacle est tellement grandiose que le froid ne compte pas
A un kilomètre de cet endroit magique, réside une autre petite merveille : des piscines thermales naturelles à 38°C.

Rien de tel qu’un bain de bon matin

Température extérieure : 5°C, température des eaux thermales : 38°C
Retour sur San Pedro de Atacama, à 95 kilomètres des thermes. C’est une session Sandboard (surf sur des dunes de sable) dans El Valle de la Muerte (la Vallée de la Mort) qui attend les raideurs. Après avoir loué les planches, l’équipe saute dans le pick-up et file vers les dunes à
4 kilomètres de San Pedro. Le plus éprouvant : grimper jusqu’au sommet à la force des jambes et sur un sable brûlant. Mais une fois là haut, on oublie l’ascension, il n’y a plus que la wax (cire permettant à la planche de glisser) et les sensations qui comptent. Surfeurs confirmés ou débutants courageux, ils se lancent dans la pente avec ferveur et mangent du sable sourire aux lèvres.

Cédric en tête de la course !

Sensations garanties

L’envolée d’Aymeric

Julien assure le spectacle

Lionel, la présidente des Amis du monde et les journalistes les rejoignent à vélo, après un périple d’une heure dans les rocheuses bordant San Pedro de Atacama.
A 16 heures, toute l’équipe se retrouve près de l’Albertomobile. Au programme : douche, nettoyage des vélos, dîner et bus car l’équipe doit rejoindre la réserve naturelle de la Pampa de Tamarugal, située à environ 400 kilomètres de San Pedro, pour l’avant dernière étape.
Mais comme d’accoutumée dans le raid, une surprise intervient. Sous l’impulsion de son ami Jean-Paul et face à la magnificence de la journée, Lionel décide de marquer d’une pierre blanche tant de splendeur. Les raideurs ne partiront que très tôt le lendemain matin, après avoir célébré tous ensemble ces moments d’émerveillement.
Dans la douceur de la nuit chilienne, l’équipe s’endort paisiblement après beaucoup d’efforts et de bonheur. Lionel n’aura pas besoin de compter ses 3100 kilomètres pour s’endormir cette nuit, le murmure de la Grande Dame et le souvenir de ces deux dernières étapes lui suffiront.

« La gazette médicale de la grande dame des Andes »
Par Fabrice Duparc

Vendredi 26 mars,

le coup de chaleur

PremièreLionel a parcouru l’étape Calama – San Pedro de Atacama, 128 km, dans des conditions difficiles de chaleur et de vent du désert. Il s’est trouvé en manque d’eau environ 20 km avant la fin de l’étape, malgré les litres emportés sur lui. Le parcours que nous avions suivi auparavant ne procurait aucun point d’ombre, et le vent chaud continu était particulièrement sec.
A l’arrivée, il était épuisé, peu lucide, et surtout en hyperthermie majeure. Ceci était typique du « coup de chaleur », secondaire à un effort réalisé dans des conditions de haute température. L’association de la chaleur avec le vent est un facteur de risque de majoration, car le vent provoque l’assèchement de la transpiration, et peut faire croire à tort à une faible perte d’eau par la sueur, alors qu’elle est en fait majeure.
Les premières mesures urgentes sont donc de traiter la déshydratation et de faire baisser la température corporelle. Après installation à l’ombre, et réhydratation progressive par boissons (eau et soda) à température ambiante, la mise en place d’un linge mouillé d’eau froide sur la nuque permet de provoquer un grand frisson lié à la défervescence thermique.


Le coup de chaleur impose de placer le patient à l’ombre,
de placer un linge mouillé sur la nuque, et de le réhydrater abondamment.
L’aspersion d’eau sur la tête, la nuque et le dos permet également de faciliter cette baisse de température. Le patient peut alors se plaindre d’une grande sensation de froid, voire frissonner intensément, ce qui constitue le but recherché, et il ne faut surtout pas le couvrir.
La surveillance dans les premières heures qui suivent le traitement du coup de chaleur doit se poursuivre jusqu’à la récupération d’une diurèse normale, l’élimination des urines traduisant la reprise de la fonction rénale correcte. Il est déconseillé de renouveler un effort intense en conditions de chaleur le lendemain.

Dimanche 28 mars 2004,

l’altitude :

Nous revenons des geysers de Tatio, à 4800 m d’altitude. Hier matin, dans l’ascension de 79 km et 2800 m de dénivelée, Lionel a eu un gros coup de barre. Il souffrait des séquelles du coup de chaleur de la veille, se sentait fatigué et « sans jambes ». La nuit ne lui avait pas bien permis de récupérer. Après discussion, il a préféré continuer seul, en prenant le temps de s’abriter à l’ombre d’un gros rocher, et en se réhydratant abondamment.


Il y a des jours « sans », où le corps semble ne plus pouvoir répondre à l’effort demandé. La discussion permet de rechercher et d’éliminer une contre indication formelle à la poursuite de l’activité sportive en conditions difficiles.

Un vrai moment de sommeil à l’ombre, une bonne réhydratation, permettent de «retrouver au fond de soi» la volonté et la force de poursuivre ses objectifs.
Il a réellement dormi, dans ces conditions protégées, ce qui lui a permis de reprendre ensuite la piste dont certains segments étaient particulièrement raides. Progressivement, il s’est senti « de mieux en mieux », et a réussi à trouver en lui les ressources d’énergie nécessaires à la poursuite de l’ascension jusqu’au refuge où nous avons passé la nuit. L’arrivée en fin d’après midi de Lionel et Joël, glacés du fait de la chute de la température, est tout à fait révélatrice des difficultés de l’effort sportif intense et prolongé en conditions de haute altitude.

En effet, trois facteurs vont contribuer à aggraver les conséquences de l’effort en altitude : la raréfaction de l’oxygène, la sécheresse de l’air ambiant, et le froid.
La baisse du taux d’oxygène dans l’air inspiré diminue la quantité d’oxygène transportée par les globules rouges du sang pour alimenter les muscles dont l’activité est accrue. L’effort est donc plus difficile et la récupération plus limitée. La sécheresse de l’air en altitude aggrave dans le même temps le risque de déshydratation, et impose une consommation d’eau régulière, sans attendre nécessairement la sensation de soif qui traduit déjà un début de déficit d’hydratation.


Dans de telles conditions d’altitude et de chaleur, un apport hydrique d’un litre par heure est un minimum, accompagné de prises alimentaires caloriques légères répétées.
Le froid, qui succède en fin d’après midi à des conditions de chaleur et de lumière intenses, augmente la dépense énergétique, et ceci impose une ration calorique régulière par petites prises répétées.

 

Le mal des montagnes

Trois personnes du raid ont présenté un état de mal aigu des montagnes (MAM). Ceci est une complication directe de l’hypoxie (baisse du taux d’oxygène dans le sang).
L’installation de maux de tête, de topographie postérieure nuchale et frontale, se fait progressivement, à partir de 2000 m d’altitude. Peu d’éléments peuvent modifier cette évolution. Certains diurétiques peuvent limiter les effets de l’altitude, mais à condition de débuter la prise trois jours avant. La consommation d’aspirine, de vitamine C ou de citron au cours de l’ascension peut limiter les effets, mais le MAM évolue souvent pour son compte dès qu’il a commencé chez les personnes sujettes à cette pathologie.
Le seul traitement utile et urgent est alors de redescendre à un niveau d’altitude inférieur à 2000 m, ou de compenser le manque d’oxygène par utilisation d’un masque ou d’une tente à oxygène qui permet d’augmenter le taux d’oxygène dans l’air inspiré, et de limiter ces effets cérébraux de l’hypoxie.
Le MAM traduit un début d’œdème cérébral, qu’il ne faut donc jamais laisser s’aggraver vers le coma hypotonique.
Hier soir, les trois personnes malades ont été redescendues à San Pedro (2000 m), et les signes se sont estompés assez rapidement, laissant place à une intense sensation de fatigue.

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