Vendredi
26 mars, Calama – San Pedro de Atacama
Après une nuit fraîche à quelques
kilomètres de Calama et un petit déjeuner
rythmé par les rafales du vent chilien, l’Albertomobile
emmène Lionel et les raideurs en ville car ils
ont un rendez-vous téléphonique avec France
3 et le collège Jean Moulin de Salon de Provence.
Pendant ce temps, Gilles, Cédric, Julien, Anaïs
et Jean-Paul partent en 4X4 dans le désert à
la recherche d’images et filent à San Pedro
pour trouver Internet.

La Piscomobile a besoin d’aide !
|
Il
est 10 heures quand Lionel commence l’étape
du jour : Calama – San Pedro de Atacama,
soit 128 kilomètres.
L’Albertomobile arrive à San Pedro,
splendide petit village niché au creux
d’une oasis en plein désert d’Atacama,
devenu ces dernières années l’un
des principaux pôles touristiques du nord
du Chili. Le centre du village, tout en adobe
(terre) a été déclaré
monument national, ce qui interdit tout changement
architectural. Les petites maisons basses, les
ruelles de terre, une tranquille place ombragée
avec vue sur le somptueux volcan Licancabur (5916
mètres) lui donnent un charme fou.
|
Pendant que les raideurs et le reste de l’équipe
profite de ces moments privilégiés, Lionel
se mord les doigts d’avoir cru qu’il y aurait
au moins une station essence entre Calama et San Pedro
où il pourrait se réhydrater. Il n’y
a rien de tout ça, sa bouteille d’eau d’un
litre et demi est bien vite asséchée et
son corps se déshydrate. Heureusement, toutes les
voitures qui passent (une quinzaine au total) lui propose
un peu d’eau, et même de la glace ! Mais cette
grande solidarité, tellement caractéristique
de la population chilienne, ne suffit pas à lui
éviter une violente insolation. Après 5
heures de vélo et trois litres d’eau absorbés
(au lieu de 9), Lionel arrive enfin, complètement
déshydraté. Les raideurs, en pleine après-midi
touristique, n’ont pensé que trop tard à
lui apporter de l’eau. Dès son arrivée,
il est pris en charge par Fabrice qui lui couvre la tête
d’une serviette humide pour stopper ses tremblements.
Les raideurs partent trouver un campement à quelques
kilomètres de la ville, sur le terrain d’une
propriété privée dont le maître
de maison a accepté, comme toujours au Chili, de
leur ouvrir ses portes. Après le dîner, les
plus téméraires partent en ville et s’encanaillent
dans une boite de nuit à ciel ouvert, où
les gens se déhanchent autour d’un feu chatoyant.
Samedi
27 mars, Geysers del Tatio, la route des vallées
suspendues.
Dans un champ, à deux minutes de San Pedro de Atacama,
le nouvel eldorado hippie, déjà cerné
par l’industrie des balades en bus et des marchés
artisanaux. 6h30, lever pour l’étape des
sommets vers les geysers del Tatio. Dès la sortie
du village, plus rien.
Départ groupé pour l’une des étapes
les plus physiques du raid :
90 kilomètres dont une petite soixantaine en
montée. |
La
piste serpente dans un décor de matin du monde
fait de poussière et de cailloux. Tout juste
quelques touffes d’herbe et de cactus. Le soleil
rythme les heures et les couleurs. Les collines du
désert passent par toutes les nuances de brun
et de terre.
Entre salar et sommets enneigés, première
halte. Les raiders approchent… L’équipe
du film prépare un plan latéral. Lionel
et sa bande vont passer dans un décor de
western cinémascope entre Nouveau-Mexique
et Colorado. Voilà vingt kilomètres
que les raiders grimpent. Une cuillère de
semoule par personne. Pas plus. Et ils repartent
sur la tôle ondulée, comme si le vélo
s’était mué en marteau-piqueur.
|
Le
reste du groupe fait aussi ses pauses photo, comme
aux thermes de Puritana. Vers 3500 mètres d’altitude,
le mal des montagnes commence à se faire sentir
pour certains. Pour les raiders non plus, ce n’est
pas facile. Les petites défaillances et les
montées en accordéon succèdent
à la marche à côté du vélo.
Après 55 kilomètres de grimpette ininterrompue,
pause pique-nique.
|

Lionel a laissé partir les raiders : «
J’y arriverai, ça va repartir ». |

Le terrain de altiplanos est plat comme la Beauce.
Mais l’oxygène qui manque rend difficile
le moindre geste
et rappelle à tous que nous sommes à
4000 mètres d’altitude |
Les
raiders arrivent les uns après les autres.
Lionel est un peu « en panne » à
l’arrière. Sa longue chevauchée
de la veille entre Calama et San Pedro de Atacama
se fait sentir. Les jours passant, il en veut toujours
plus. Des accompagnateurs vont aux nouvelles. Il ne
veut rien savoir. Que chacun vive sa vie jusqu’au
soir. Lui finira, à pied et de nuit s’il
le faut. Les jambes en coton, le coup de chaud, ça
finira par passer. La volonté fera le reste. |
14h,
ça repart. Le plus dur est fait. On arrive
sur les altiplanos, les vallées suspendues.
Le coup de pédale est plus aisé. Sur
fond de volcan Putama, des paysages lunaires. Pas
un brin d’herbe, des tourbillons de poussière.
Des vigognes, ça et là. |
Tout
là-haut, les vigognes saluent le défi
des raideurs. |
Au milieu de nulle part, un carrefour. Les premiers à
passer dessinent une flèche avec des cailloux pour
les raiders. Pour trois d’entre nous, le mal de tête
se fait plus intense. Alors qu’il ne reste presque
rien -mais ils ne le savent pas- quatre raider mettent pied
à terre : Pascal, Marcel, Aymeric et Thomas en ont
assez.
Les trente derniers kilomètres sont moins difficiles…
si on peut dire.
Mais quelques raideurs ont déjà beaucoup
donné. |
Pour
aller le plus loin possible, le groupe se serre les
coudes
et les guidons. Lionel, lui, revient petit à
petit. |
|
|
A
4000 mètres, Joël ira à la rencontre
de Lionel, pour l’aider à finir ses 90 bornes
de défi. Le coup de pompe, les traits tirés
et les lacets qui n’en finissent plus ont été
lâchés. Les deux raiders finiront au sprint.
A leur arrivée au gîte vers 4600 mètres,
l’un à côté de l’autres,
ils sont applaudis par le groupe et les Chiliens présents
qui n’en reviennent pas. L’œil dans la
caméra, Gilles avouera avoir ressenti un frisson.
Joël
est retourné sur ses traces à la rencontre
de Lionel pour le soutenir et l’accompagner.
|
Le
coup de mou du raideur en chef est oublié.
Le groupe est fourbu mais content de sa journée. |
A
Le groupe s’installe avant de faire, le lendemain
matin, les dix-sept derniers kilomètres vers la terre
promise : le spectacle des geysers dans la lumière
de l’aube. Malheureusement pour Sébastien,
Martine et Christine, ce sera par procuration. Le mal des
montagnes leur est trop pénible. Dans la soirée,
ils redescendront à San Pedro.
A côté des deux chambrées, une sorte
de local complètement atypique réunit ceux
qui sont parvenus dans ces hauteurs hors du temps. A l’intérieur,
l’équipe se mêle à un groupe de
chiliens venus passés le week-end dans le gîte.
Ils sont tous chauffeurs de taxi collectif (collectivos)
à Calama, mais viennent pêcher pendant leur
temps libre dans le Rio Putana, à une centaine de
mètres de là. Aujourd’hui la pêche
a été bonne, ils offrent des truites à
toute l’équipe qui se délecte de ce
poisson frais. Pour se réchauffer, les raideurs goûtent
aussi au Calimucho, mélange de vin rouge et de Coca.
Dimanche
28 mars, Geyser del Tatio – San Pedro de Atacama
Le désert
a laissé peu à peu place à un relief
et une végétation de type altiplanique –
les montagnes sont couvertes d’herbes jaunâtres
très courtes, alors que l’aube baigne d’une
lumière rose les volcans et les montagnes aux cimes
enneigées. A 5h45, l’équipée
grimpe dans les deux véhicules qui lui permettront
de monter à 4300 mètres d’altitude pour
assister à un spectacle grandiose : le lever du soleil
sur les Geysers del Tatio. C’est le matin très
tôt que les geysers sont les plus impressionnants
: l’air encore froid crée de hautes fumerolles
en se condensant au contact de la chaleur projetée,
et les différents minéraux donnent à
ce spectacle des colorations étonnantes.
Lionel,
la présidente des Amis du monde et les journalistes
les rejoignent à vélo, après un périple
d’une heure dans les rocheuses bordant San Pedro de
Atacama.
A 16 heures, toute l’équipe se retrouve près
de l’Albertomobile. Au programme : douche, nettoyage
des vélos, dîner et bus car l’équipe
doit rejoindre la réserve naturelle de la Pampa de
Tamarugal, située à environ 400 kilomètres
de San Pedro, pour l’avant dernière étape.
Mais comme d’accoutumée dans le raid, une surprise
intervient. Sous l’impulsion de son ami Jean-Paul
et face à la magnificence de la journée, Lionel
décide de marquer d’une pierre blanche tant
de splendeur. Les raideurs ne partiront que très
tôt le lendemain matin, après avoir célébré
tous ensemble ces moments d’émerveillement.
Dans la douceur de la nuit chilienne, l’équipe
s’endort paisiblement après beaucoup d’efforts
et de bonheur. Lionel n’aura pas besoin de compter
ses 3100 kilomètres pour s’endormir cette nuit,
le murmure de la Grande Dame et le souvenir de ces deux
dernières étapes lui suffiront.
«
La gazette médicale de la grande dame des Andes »
Par Fabrice Duparc
Vendredi 26 mars,
le
coup de chaleur
PremièreLionel a parcouru l’étape Calama
– San Pedro de Atacama, 128 km, dans des conditions
difficiles de chaleur et de vent du désert. Il s’est
trouvé en manque d’eau environ 20 km avant
la fin de l’étape, malgré les litres
emportés sur lui. Le parcours que nous avions suivi
auparavant ne procurait aucun point d’ombre, et le
vent chaud continu était particulièrement
sec.
A l’arrivée, il était épuisé,
peu lucide, et surtout en hyperthermie majeure. Ceci était
typique du « coup de chaleur », secondaire à
un effort réalisé dans des conditions de haute
température. L’association de la chaleur avec
le vent est un facteur de risque de majoration, car le vent
provoque l’assèchement de la transpiration,
et peut faire croire à tort à une faible perte
d’eau par la sueur, alors qu’elle est en fait
majeure.
Les premières mesures urgentes sont donc de traiter
la déshydratation et de faire baisser la température
corporelle. Après installation à l’ombre,
et réhydratation progressive par boissons (eau et
soda) à température ambiante, la mise en place
d’un linge mouillé d’eau froide sur la
nuque permet de provoquer un grand frisson lié à
la défervescence thermique.
Le
coup de chaleur impose de placer le patient à
l’ombre,
de placer un linge mouillé sur la nuque, et
de le réhydrater abondamment. |
L’aspersion
d’eau sur la tête, la nuque et le dos
permet également de faciliter cette baisse
de température. Le patient peut alors se plaindre
d’une grande sensation de froid, voire frissonner
intensément, ce qui constitue le but recherché,
et il ne faut surtout pas le couvrir.
La surveillance dans les premières heures qui
suivent le traitement du coup de chaleur doit se poursuivre
jusqu’à la récupération
d’une diurèse normale, l’élimination
des urines traduisant la reprise de la fonction rénale
correcte. Il est déconseillé de renouveler
un effort intense en conditions de chaleur le lendemain.
|
Dimanche
28 mars 2004,
l’altitude
:
Nous revenons des geysers de Tatio, à 4800 m d’altitude.
Hier matin, dans l’ascension de 79 km et 2800 m de
dénivelée, Lionel a eu un gros coup de barre.
Il souffrait des séquelles du coup de chaleur de
la veille, se sentait fatigué et « sans jambes
». La nuit ne lui avait pas bien permis de récupérer.
Après discussion, il a préféré
continuer seul, en prenant le temps de s’abriter à
l’ombre d’un gros rocher, et en se réhydratant
abondamment.
Il
y a des jours « sans », où le corps
semble ne plus pouvoir répondre à l’effort
demandé. La discussion permet de rechercher
et d’éliminer une contre indication formelle
à la poursuite de l’activité sportive
en conditions difficiles. |
Un
vrai moment de sommeil à l’ombre, une
bonne réhydratation, permettent de «retrouver
au fond de soi» la volonté et la force
de poursuivre ses objectifs. |
|
Il a réellement dormi, dans
ces conditions protégées, ce qui lui
a permis de reprendre ensuite la piste dont certains
segments étaient particulièrement raides.
Progressivement, il s’est senti « de mieux
en mieux », et a réussi à trouver
en lui les ressources d’énergie nécessaires
à la poursuite de l’ascension jusqu’au
refuge où nous avons passé la nuit.
L’arrivée en fin d’après
midi de Lionel et Joël, glacés du fait
de la chute de la température, est tout à
fait révélatrice des difficultés
de l’effort sportif intense et prolongé
en conditions de haute altitude.
En
effet, trois facteurs vont contribuer à aggraver
les conséquences de l’effort en altitude
: la raréfaction de l’oxygène,
la sécheresse de l’air ambiant, et le
froid.
La baisse du taux d’oxygène dans l’air
inspiré diminue la quantité d’oxygène
transportée par les globules rouges du sang
pour alimenter les muscles dont l’activité
est accrue. L’effort est donc plus difficile
et la récupération plus limitée.
La sécheresse de l’air en altitude aggrave
dans le même temps le risque de déshydratation,
et impose une consommation d’eau régulière,
sans attendre nécessairement la sensation de
soif qui traduit déjà un début
de déficit d’hydratation. |
Dans
de telles conditions d’altitude et de chaleur,
un apport hydrique d’un litre par heure est
un minimum, accompagné de prises alimentaires
caloriques légères répétées.
|
Le
froid, qui succède en fin d’après
midi à des conditions de chaleur et de lumière
intenses, augmente la dépense énergétique,
et ceci impose une ration calorique régulière
par petites prises répétées. |
Le
mal des montagnes
Trois
personnes du raid ont présenté un état
de mal aigu des montagnes (MAM). Ceci est une complication
directe de l’hypoxie (baisse du taux d’oxygène
dans le sang).
L’installation de maux de tête, de topographie
postérieure nuchale et frontale, se fait progressivement,
à partir de 2000 m d’altitude. Peu d’éléments
peuvent modifier cette évolution. Certains
diurétiques peuvent limiter les effets de l’altitude,
mais à condition de débuter la prise
trois jours avant. La consommation d’aspirine,
de vitamine C ou de citron au cours de l’ascension
peut limiter les effets, mais le MAM évolue
souvent pour son compte dès qu’il a commencé
chez les personnes sujettes à cette pathologie.
Le seul traitement utile et urgent est alors de redescendre
à un niveau d’altitude inférieur
à 2000 m, ou de compenser le manque d’oxygène
par utilisation d’un masque ou d’une tente
à oxygène qui permet d’augmenter
le taux d’oxygène dans l’air inspiré,
et de limiter ces effets cérébraux de
l’hypoxie.
Le MAM traduit un début d’œdème
cérébral, qu’il ne faut donc jamais
laisser s’aggraver vers le coma hypotonique.
Hier soir, les trois personnes malades ont été
redescendues à San Pedro (2000 m), et les signes
se sont estompés assez rapidement, laissant
place à une intense sensation de fatigue.
|
|