Mercredi
24 mars, Antofagasta – Baquedano
Il est 7 heures, les maisons de toile s’ouvrent
sur l’océan pacifique qui annonce une journée
un peu particulière : repos ! Pour ne pas perdre
le rythme, les raideurs sillonnent tout de même
la ville pendant environ une heure. Mais ces quelques
kilomètres sont fourbes : les rails qui traversent
Antofagasta retiennent la roue de Pascal qui tombe avec
son « compagnon ». Son coude est bien éraflé
mais son sourire préservé !

Un petit air d’Etretat ?
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Bivouac sur les hauteurs de la falaise |
Alors
que Lionel continue seul, l’équipe se retrouve
en centre ville pour déjeuner et trouver une garde
robe mieux adaptée à la chaleur du nord
chilien.

Quand la ville d’Antofagasta se mêle
à la montagne
|
Mais
la vraie mission de la journée, c’est
de préparer l’arrivée de Fabrice
– le chirurgien, Joëlle – la présidente
des amis du monde, Véronique, Christine et
Sébastien – respectivement journaliste
pour le Paris-Normandie, France Bleu et Ouest France.
Grand ravitaillement au centre commercial de la
ville, toilette exhaustive de l’Albertomobile,
recherche d’un deuxième véhicule.
A 16 heures 30, les raideurs arrivent à l’aéroport
pour un accueil qui fait sourire la milice chilienne. |

Un « Bienvenidos a Chile » très
original ! |

Lionel retrouve Fabrice, son ami chirurgien |
La nouvelle équipée grimpe dans l’Albertomobile.
En route pour les douches publiques de Baquedano, où
les nouveaux arrivés pourront se remettre de leur
long voyage. Pendant ce rafraîchissement salvateur,
l’Albertomobile est partiE chercher un campement
avec le reste de l’équipe. Mais la pauvre
manque de souffle, elle n’était vraisemblablement
pas préparée à accueillir tout ce
petit monde sur ses sièges colorés, si bien
qu’elle s’embourbe dans le sable ! Le campement
est donc trouvé.

Le bonheur est dans le bus |
A
quelques kilomètres de Baquedano, ce petit
coin de désert prend vie. La fine planche
de bois montée sur les tréteaux se
transforme en table festive où se mêlent
grillades et boissons chiliennes. Les éclats
de rire couvrent le mambo qui s’échappe
de l’Albertoradio. Et soudain, plus un bruit.
Deux gâteaux apparaissent dans l’obscurité,
Lionel a joué les magiciens pour les anniversaires
de Cédric et d’Anaïs. Le champagne
fait pétiller les yeux dans un tourbillon
de serpentins et de confettis multicolores. Le désert
a passé une soirée hors du commun
; les raideurs aussi. |

« Cumpleaño feliz ! » |
Jeudi
25 mars, Baquedano - Calama
Le campement se réveille doucement. Il est 7 heures.
Première aventure de la journée : sortir
du pétrin l’Albertomobile qui est restée
enlisée. « Bienvenus les nouveaux, maintenant
venez pousser avec nous ! » Par chance, un camion
vient vers eux. L’Albertomobile, cette charmeuse,
lui fait de l’œil. Il s’arrête.
En quelques minutes, elle est tirée d’affaire.
L’Albertomobile a besoin d’aide
|
Il
est 8 heures 30, Lionel part seul en direction de
Calama alors que l’équipe retourne vers
les bains publiques de Baquedano. Elle le retrouve
90 kilomètres plus loin. Fabrice, le chirurgien
qui a soigné Lionel après son accident
en 1994 sur la Route 66 (reliant Chicago à
Los Angeles), porte déjà les couleurs
des cyclistes. Vous l’avez compris, il rejoint
le club des Cinq pour une partie de l’étape
et jubile sur son nouveau « compagnon ».
Il a parcouru 30 kilomètres sur l’unique
route d’asphalte qui traverse le désert
d’Atacama et commente :
« Je suis très content. Je n’ai
pas eu trop de mal à suivre au début
malgré la chaleur, mais c’est vrai que
j’avais peur d’être à la
traîne. J’ai décroché dans
la montée lorsqu’ils ont accéléré.
J’étais extrêmement heureux de
faire cette petite étape, ça faisait
11 ans qu’on s’était juré
avec Lionel de partager un raid. Après 29h15
de voyage, c’était du pur plaisir. »
|

Le club des cinq s’est agrandi |

Fabrice quitte sa casaque de bloc pour la tenue de
cycliste |
Au bout de 80 kilomètres, l’équipe s’arrête
déjeuner aux abords de la ville de Calama, petite
ville animée en plein désert, puis part à
la conquête de la mine de Chuquicamata. A 16 kilomètres
de Calama, domine la plus grande mine à ciel ouvert
du monde, employant 7000 personnes qui produisent la moitié
du cuivre chilien, soit 600000 tonnes par an.
Au
cœur de la mine
Le
dernier col qui mène à la mine et culmine
à 2250 mètres d’altitudes, leur paraît
interminable. 9 kilomètres de montée dans
une pente à 7%. L’étape s’arrête
au pied de la mine. Les visites n’étant pas
permises aujourd’hui, l’Albertomobile part trouver
un campement. C’est chose faite à quelques
kilomètres de Calama, où les attend un pot
au feu mijoté la veille par Lionel jusqu’à
4 heures du matin.
Sur la totalité des étapes, les raideurs ont
parcouru 1320 kilomètres et Lionel 2860. Il leur
reste encore 3 étapes avant l’arrivée
à Arica, prévue le 30 mars.
Reportage
: Le village de Peine
Par Aymeric et Léna
A
notre arrivée à Peine, petit village accroché
à un flanc de montagne, Léna et moi décidons
d’en parcourir ses petites ruelles afin de rencontrer
quelques unes de ses mémoires.
Première rencontre : une vieille dame à l’entrée
de sa maison. Celle-ci était occupée à
tricoter des chaussettes en alpaga à l’aide
de bâtons d’encens. Elle ne comprend pas l’espagnol
et nous réalisons qu’elle est de surcroît
sourde. Bizarre.
Seconde rencontre : un homme sur sa terrasse fabrique un
masque en peau de mouton pour le carnaval de l’école.
Natif de Peine, il ne connaît pas assez son village
pour nous en délivrer ses secrets. Re-bizarre.
Troisième rencontre : près de l’église
catholique, un couple accompagné du curé du
village. Ceux-ci nous demandent une autorisation de la mairie
pour nous parler de leur tradition. Sans cette dernière
et après d’âpres négociations,
Léna réussit à gagner leur confiance.
Notre reportage peut donc commencer. Les réponses
arrivent.
Ici la tradition est sacrée, mais surtout difficile
à partager avec des étrangers.
Peine est une oasis au bord d’une petite rivière
d’eau douce prenant source dans la Cordillère
et se jetant dans le Salar d’Atacama. Sa création
remonte aux Incas et depuis, celui-ci abrite des Quechuas
(peuple au teint très mâte, anciennement bolivien
jusqu’à la guerre du pacifique). Elle culmine
à 2375 mètres, « le village oublié
» (traduit du Quechua) compte 495 habitants. Il y
fait bon vivre. L’été, la température
varie entre 25 et 30 ° et l’hiver, elle ne descend
pas en dessous de 15°. Particularité, la nuit,
sa température ne baisse presque pas.
Cette oasis dispose aussi d’une source d’eau
minérale souterraine. Les habitants ont des thermes
provenant du volcan voisin, elles sont utilisées
seulement à des fins thérapeutiques : Il s’agit
d’une piscine naturelle soignant notamment les ulcères.
Cette eau ne sert pas à leur consommation quotidienne.
Ils vont voir la Grande Dame pour s’approvisionner
en eau potable. L’eau de la source est utilisée
tout de même pour leur culture, essentiellement basée
sur le maïs et les arbres fruitiers (coignassiers)
pour leur propre consommation. Pour le reste (denrées
alimentaires) les habitants vont s’approvisionner
à Calama.
Alors de quoi vivent-ils exactement ? De l’artisanat
? Oui, un peu. De moins en moins car les « vieux »
se font de plus en plus rares au village et les jeunes ne
suivent plus les traces de leurs ancêtres. On trouve
encore des vêtements en laine d’alpaga (pull,
chaussettes, bonnets). L’essentiel de leurs ressources
provient des revenus liés aux salars avoisinant.
A moindre échelle, le commerce fait vivre 4 familles.
Deux familles détiennent chacune une boutique alimentaire.
Les deux autres ont un kiosque où on peut trouver
journaux, magazines et consorts et aussi un bazar. Au village,
le chômage n’existe pas. Pour ce qui est de
la scolarité des enfants, l’école primaire
accueille 34 élèves qui ont à leur
disposition quatre instituteurs et un professeur d’anglais
qui vient une fois par semaine. Pour la suite de leur cursus,
ils doivent aller à Calama, où ils peuvent
poursuivre jusqu’à l’université.
Les jeunes ne restent pas au village en général
: ils reviennent juste en été pour occuper
des postes liés aux activités touristiques.
Malgré cet exode des jeunes, on peut s’apercevoir
que Peine s’étend en amont car de plus en plus
de familles entières s’y installent. Du coup,
les déchets deviennent encombrants et pour pallier
ce problème, les habitants s’organisent, rassemblent
leurs poubelles et les chargent dans un camion qui passe
une fois par semaine vers la décharge de Calama.
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