" La Grande Dame des Andes" : l'actualité

 28 mars 2004

À ciel ouvert les raideurs ont bonne mine

Mercredi 24 mars, Antofagasta – Baquedano
Il est 7 heures, les maisons de toile s’ouvrent sur l’océan pacifique qui annonce une journée un peu particulière : repos ! Pour ne pas perdre le rythme, les raideurs sillonnent tout de même la ville pendant environ une heure. Mais ces quelques kilomètres sont fourbes : les rails qui traversent Antofagasta retiennent la roue de Pascal qui tombe avec son « compagnon ». Son coude est bien éraflé mais son sourire préservé !


Un petit air d’Etretat ?

Bivouac sur les hauteurs de la falaise

Alors que Lionel continue seul, l’équipe se retrouve en centre ville pour déjeuner et trouver une garde robe mieux adaptée à la chaleur du nord chilien.


Quand la ville d’Antofagasta se mêle à la montagne
Mais la vraie mission de la journée, c’est de préparer l’arrivée de Fabrice – le chirurgien, Joëlle – la présidente des amis du monde, Véronique, Christine et Sébastien – respectivement journaliste pour le Paris-Normandie, France Bleu et Ouest France. Grand ravitaillement au centre commercial de la ville, toilette exhaustive de l’Albertomobile, recherche d’un deuxième véhicule. A 16 heures 30, les raideurs arrivent à l’aéroport pour un accueil qui fait sourire la milice chilienne.

Un « Bienvenidos a Chile » très original !

Lionel retrouve Fabrice, son ami chirurgien

La nouvelle équipée grimpe dans l’Albertomobile. En route pour les douches publiques de Baquedano, où les nouveaux arrivés pourront se remettre de leur long voyage. Pendant ce rafraîchissement salvateur, l’Albertomobile est partiE chercher un campement avec le reste de l’équipe. Mais la pauvre manque de souffle, elle n’était vraisemblablement pas préparée à accueillir tout ce petit monde sur ses sièges colorés, si bien qu’elle s’embourbe dans le sable ! Le campement est donc trouvé.


Le bonheur est dans le bus
A quelques kilomètres de Baquedano, ce petit coin de désert prend vie. La fine planche de bois montée sur les tréteaux se transforme en table festive où se mêlent grillades et boissons chiliennes. Les éclats de rire couvrent le mambo qui s’échappe de l’Albertoradio. Et soudain, plus un bruit. Deux gâteaux apparaissent dans l’obscurité, Lionel a joué les magiciens pour les anniversaires de Cédric et d’Anaïs. Le champagne fait pétiller les yeux dans un tourbillon de serpentins et de confettis multicolores. Le désert a passé une soirée hors du commun ; les raideurs aussi.

« Cumpleaño feliz ! »

Jeudi 25 mars, Baquedano - Calama
Le campement se réveille doucement. Il est 7 heures. Première aventure de la journée : sortir du pétrin l’Albertomobile qui est restée enlisée. « Bienvenus les nouveaux, maintenant venez pousser avec nous ! » Par chance, un camion vient vers eux. L’Albertomobile, cette charmeuse, lui fait de l’œil. Il s’arrête. En quelques minutes, elle est tirée d’affaire.


L’Albertomobile a besoin d’aide
Il est 8 heures 30, Lionel part seul en direction de Calama alors que l’équipe retourne vers les bains publiques de Baquedano. Elle le retrouve 90 kilomètres plus loin. Fabrice, le chirurgien qui a soigné Lionel après son accident en 1994 sur la Route 66 (reliant Chicago à Los Angeles), porte déjà les couleurs des cyclistes. Vous l’avez compris, il rejoint le club des Cinq pour une partie de l’étape et jubile sur son nouveau « compagnon ». Il a parcouru 30 kilomètres sur l’unique route d’asphalte qui traverse le désert d’Atacama et commente :
« Je suis très content. Je n’ai pas eu trop de mal à suivre au début malgré la chaleur, mais c’est vrai que j’avais peur d’être à la traîne. J’ai décroché dans la montée lorsqu’ils ont accéléré. J’étais extrêmement heureux de faire cette petite étape, ça faisait 11 ans qu’on s’était juré avec Lionel de partager un raid. Après 29h15 de voyage, c’était du pur plaisir. »

Le club des cinq s’est agrandi

Fabrice quitte sa casaque de bloc pour la tenue de cycliste

Au bout de 80 kilomètres, l’équipe s’arrête déjeuner aux abords de la ville de Calama, petite ville animée en plein désert, puis part à la conquête de la mine de Chuquicamata. A 16 kilomètres de Calama, domine la plus grande mine à ciel ouvert du monde, employant 7000 personnes qui produisent la moitié du cuivre chilien, soit 600000 tonnes par an.


En route vers la mine de Chuquicamata

De plus en plus près

Les derniers efforts sont toujours les plus durs

Enfin !

Au cœur de la mine

Le dernier col qui mène à la mine et culmine à 2250 mètres d’altitudes, leur paraît interminable. 9 kilomètres de montée dans une pente à 7%. L’étape s’arrête au pied de la mine. Les visites n’étant pas permises aujourd’hui, l’Albertomobile part trouver un campement. C’est chose faite à quelques kilomètres de Calama, où les attend un pot au feu mijoté la veille par Lionel jusqu’à 4 heures du matin.
Sur la totalité des étapes, les raideurs ont parcouru 1320 kilomètres et Lionel 2860. Il leur reste encore 3 étapes avant l’arrivée à Arica, prévue le 30 mars.

Reportage : Le village de Peine
Par Aymeric et Léna

A notre arrivée à Peine, petit village accroché à un flanc de montagne, Léna et moi décidons d’en parcourir ses petites ruelles afin de rencontrer quelques unes de ses mémoires.

Première rencontre : une vieille dame à l’entrée de sa maison. Celle-ci était occupée à tricoter des chaussettes en alpaga à l’aide de bâtons d’encens. Elle ne comprend pas l’espagnol et nous réalisons qu’elle est de surcroît sourde. Bizarre.
Seconde rencontre : un homme sur sa terrasse fabrique un masque en peau de mouton pour le carnaval de l’école. Natif de Peine, il ne connaît pas assez son village pour nous en délivrer ses secrets. Re-bizarre.
Troisième rencontre : près de l’église catholique, un couple accompagné du curé du village. Ceux-ci nous demandent une autorisation de la mairie pour nous parler de leur tradition. Sans cette dernière et après d’âpres négociations, Léna réussit à gagner leur confiance. Notre reportage peut donc commencer. Les réponses arrivent.
Ici la tradition est sacrée, mais surtout difficile à partager avec des étrangers.
Peine est une oasis au bord d’une petite rivière d’eau douce prenant source dans la Cordillère et se jetant dans le Salar d’Atacama. Sa création remonte aux Incas et depuis, celui-ci abrite des Quechuas (peuple au teint très mâte, anciennement bolivien jusqu’à la guerre du pacifique). Elle culmine à 2375 mètres, « le village oublié » (traduit du Quechua) compte 495 habitants. Il y fait bon vivre. L’été, la température varie entre 25 et 30 ° et l’hiver, elle ne descend pas en dessous de 15°. Particularité, la nuit, sa température ne baisse presque pas.

Cette oasis dispose aussi d’une source d’eau minérale souterraine. Les habitants ont des thermes provenant du volcan voisin, elles sont utilisées seulement à des fins thérapeutiques : Il s’agit d’une piscine naturelle soignant notamment les ulcères. Cette eau ne sert pas à leur consommation quotidienne. Ils vont voir la Grande Dame pour s’approvisionner en eau potable. L’eau de la source est utilisée tout de même pour leur culture, essentiellement basée sur le maïs et les arbres fruitiers (coignassiers) pour leur propre consommation. Pour le reste (denrées alimentaires) les habitants vont s’approvisionner à Calama.
Alors de quoi vivent-ils exactement ? De l’artisanat ? Oui, un peu. De moins en moins car les « vieux » se font de plus en plus rares au village et les jeunes ne suivent plus les traces de leurs ancêtres. On trouve encore des vêtements en laine d’alpaga (pull, chaussettes, bonnets). L’essentiel de leurs ressources provient des revenus liés aux salars avoisinant. A moindre échelle, le commerce fait vivre 4 familles. Deux familles détiennent chacune une boutique alimentaire. Les deux autres ont un kiosque où on peut trouver journaux, magazines et consorts et aussi un bazar. Au village, le chômage n’existe pas. Pour ce qui est de la scolarité des enfants, l’école primaire accueille 34 élèves qui ont à leur disposition quatre instituteurs et un professeur d’anglais qui vient une fois par semaine. Pour la suite de leur cursus, ils doivent aller à Calama, où ils peuvent poursuivre jusqu’à l’université.
Les jeunes ne restent pas au village en général : ils reviennent juste en été pour occuper des postes liés aux activités touristiques. Malgré cet exode des jeunes, on peut s’apercevoir que Peine s’étend en amont car de plus en plus de familles entières s’y installent. Du coup, les déchets deviennent encombrants et pour pallier ce problème, les habitants s’organisent, rassemblent leurs poubelles et les chargent dans un camion qui passe une fois par semaine vers la décharge de Calama.

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