" La Grande Dame des Andes" : l'actualité

 25 mars 2004

Entre désert de sable et désert de sel, le cœur balance et les muscles tremblent (Volet 2)

Lundi 22 mars
Il est 6h, Lionel réveille ses troupes. Alors que les raideurs admirent le lever du soleil venu chatouiller leur café matinal, un routier s’arrête pour nettoyer son camion couvert de sable. C’est l’occasion pour certains grands enfants de jouer les transporteurs de sel.


Campement à l’aube

Un nouveau compagnon ?

Aujourd’hui les raideurs ont un nouvel équipier : Thomas le snowboarder est en manque de sensations fortes, il est prêt à quitter le short africain pour le cycliste bleu ! Lionel lui prête l’un de ses « compagnons », une opportunité rare qui résonne comme un privilège.


Le sel lui rappellerait-il la neige de ses montagnes ?

A 8h30, ils s’élancent à vive allure dans la descente du col. Il fait déjà 20°C. La chaleur monte aussi vite que les émotions. Tous les 10 km, les raideurs pénètrent un univers différent. La route se mue sous leurs roues : tantôt des cailloux, tantôt du sable, tantôt de la taule ondulée ou une route tannée par le sel.


Le club des cinq s’est agrandi

Que le désert est vaste

La belle équipe

Devant ou derrière, ils seront toujours les premiers

Le paysage revêt toute sa garde-robe. Poussée par le vent, les raideurs passent rapidement de 2800m à 2000m d’altitude, émerveillés par ce panel de couleurs qui défilent sous leurs yeux. Le contraste est saisissant. Le Salar prend la forme de nids d’abeilles démesurés, asséchés par le soleil, pour se changer dans les dunes de sel en une étendue lisse d’une blancheur aveuglante. Les raideurs dévorent les kilomètres et nourrissent leurs regards de tous ces panoramas insolites.


Les Alpes version Salar

Que du bonheur !

Roue libre sur la glace

Quand les vélos deviennent wagon
Au bout de 80km, l’équipe part à la recherche d’un peu d’eau. Au beau milieu du néant, perché sur une hauteur, un village apparaît comme un mirage. Le dernier kilomètre d’efforts dans une pente à 14% est largement récompensé. En plein cœur du désert, le village de Peine partage avec les raideurs un trésor insoupçonné. Ce n’est pas seulement le remplissage des bidons d’eau qui leur est offert, mais des piscines thermales naturelles que la montagne vient abreuver.

Il faut encore monter pour accéder au puit

De l’eau plein les bidons

Pascal se jette à l’eau

Vive le désert !

Dans ce cadre inespéré, le déjeuner prend une tournure enchantée. Se baigner en plein désert, qui l’eût cru ? Alors que Pascal travaille ses plongeons, Lionel part terminer l’étape. Le spectacle est toujours aussi grandiose, mais la piste prend des allures de sable mouvant.


Départ en solitaire
Le compteur de Lionel marque 157km lorsque le terrain du bivouac est choisi: une centaine de mètres carrés abrités dans les dunes. Ce soir au menu, un bouillon de légumes à la belle étoile, pour réhydrater les corps et combler les papilles.

Mardi 23 mars
Les rayons du soleil indiquent 6h. Debout tout le monde ! Le désert réserve encore des surprises. L’étape d’aujourd’hui est plus sablonneuse que les précédentes, et les cailloux font obstacle à l’Albertomobile ! La pauvre est d’abord obligée de rebrousser chemin pour être ensuite bloquée par une barrière inhospitalière. Elle finit par se tirer de ce mauvais pas et retrouve ses raideurs sur le point de manquer d’eau.


Des cailloux pour tout le monde

Quand les compagnons boudent

Rien n’arrête l’Albertomobile

Comme promis à l’Atelier des Petits Savants de la MJC-Rouen Cité Jeune, animé par Eric, la fusée a décollé dans le désert d’Atacama à minuit heure chilienne et est arrivée en orbite deux heures plus tard !

L’équipe quitte le désert d’Atacama après y avoir parcouru 380km. Direction Antofagasta où ils accueilleront le chirurgien, la présidente des Amis du monde ainsi que les journalistes. L’aventure continue…

Impressions des raideurs :

Joël :
« J’ai appris durant ce raid ce qu’est l’effort et l’accumulation de la fatigue, mon organisme a été mis à rude épreuve ; mais tout a été effacé par la satisfaction de découvrir une culture, des paysages, des couleurs et des émotions différentes. C’est dans le désert d’Atacama que j’ai ressenti des moments forts dans un climat hostile où seul le soleil et le sel sont les maîtres des lieux. De l’avoir traversé restera un souvenir inoubliable. Dans ce désert, les collines sont des palettes de couleurs où l’œil ne sait plus où se poser. Quant à l’émotion c’est difficile de vous l’expliquer, c’est quelque chose qui se vit de l’intérieur. Chez nous en France, il y a une expression que l’on utilise pour dire de quelqu’un qu’il est en difficulté : « il fait sa traversée du désert. » Je peux vous dire qu’elle ne s’applique vraiment pas ici. Je vous souhaite chers internautes de vivre de tels moments et j’en profite pour embrasser mes enfants, ma femme et en pensant aussi à ma famille. »

Aymeric :
« On arrive bientôt à Arica, et c’est déjà pour moi une victoire d’avoir franchi tous les obstacles de ce pays aux reliefs extrêmes. Chaque jour on découvre des paysages magnifiques et différents, des personnes accueillantes et chaleureuses : du coup, l’envie d’en découvrir et d’en savoir toujours plus s’amplifie de jour en jour. Chaque matin on roule, et l’envie de me dépasser grandit : je me sens en forme, prêt à enchaîner les difficultés et prendre un réel plaisir sur mon compagnon. Il n’y a pas de secret, c’est le travail et toute cette préparation d’une année bien programmée qui payent. Une fois à vélo, tout s’oublie, je fais le vide et je m’imprègne de tout ce qui m’entoure. En même temps, je ne roule pas tout seul, les réflexes du groupe rythment donc chacune de mes étapes. Rester derrière, prendre le relais, soutenir un camarade en difficulté. Je me souviens notamment d’une étape de montagne où l’on gravit le col de Los Libertadores et où l’on atteignit la frontière argentine. 38 kilomètres de lacets, en plein milieu d’un ballet continu de poids lourds saluant notre effort et nous encourageant de leurs klaxons. Un souvenir inoubliable. Une autre étape forte fut pour moi celle du col de Los Llanos de Huanta, où nous finîmes en plein milieu d’un champ de vignes. Alors affaibli par des maux de ventre, je suis allé puiser au plus profond de moi-même pour finir l’étape avec mes compagnons. Bien que lessivé, je pense avoir justifié ces mois de souffrance en France, sans lesquels je n’y serais jamais arrivé. Cerise sur le gâteau, mon plaisir sur le vélo se prolonge à chaque fin d’étape, au moment de retrouver toute l’équipe, car l’ambiance du groupe est telle que je me réjouis de les retrouver pour partager et échanger nos impressions sur la journée et pour découvrir les individualités qui se cachent derrière le collectif. »

Pascal :
« Aucun insecte, aucun volatile, aucune verdure. Rien que l’immensité d’un drôle de désert fait de sel, de caillasses. Des luminosités qui me font perdre la ligne d’horizon, confondre nuages et cimes. Et quand le vent cesse de souffler sur mes lobes d’oreilles, une autre immensité encore se fait alors aussi vaste qu’est ici le ciel étoilé. C’est le silence. Tout ce que je redoutais dans ce Chili du nord n’aura été au contraire que rencontres exceptionnelles. »

Marcel :
« Dès le premier jour, la poussière, les côtes, les routes sablonneuses ont été difficiles. Et puis le vent le soir au campement, que de poussière encore, pas facile de monter les tentes avec des piquets qui ne s’enfoncent pas toujours. Ensuite dans le Salar d’Atacama, les pistes de sel ressemblaient à de la neige. Puis encore et encore des montagnes sans aucune verdure. C’était fabuleux de trouver dans un petit village de 300 habitants de l’eau claire et douce pour se laver et se rafraîchir. Dans la dernière étape, la piste avait disparu et l’Albertomobile n’a pas pu passer. Nous on a pu passer avec les vélos, c’était extraordinaire. Jamais je ne reverrai ça dans ma vie. J’ai envie de dire merci »

Léna :
« Ces quelques jours dans le désert sont particulièrement mémorables. Nous avons traversé une diversité de paysages incroyables sous une chaleur accablante le jour et un froid glacial la nuit. Ceci, toujours bercé par un vent plus ou moins violent. Des dunes de sable et de pierres à perte de vue, comme ridées ; El Salar, blanc comme neige, pur, magnifique et enfin une végétation éparse sur la fin qui nous montre enfin signe de vie. C’est alors que nous débarquons dans un petit village Quechua : Peine, inespéré dans ce désert mythique et aride. Et oui, une belle surprise nous y attendait : une piscine d’eau thermale et ses habitants réservés. Quel bonheur de pouvoir se rafraîchir…
Voilà, ces quelques jours resteront gravés dans ma mémoire. De retour en France, je n’aurai qu’à fermer les yeux pour revivre l’immensité du désert, de cette nature imperturbable. »

Thomas :
« Après mon expérience de le semaine dernière, j’attendais avec impatience de pouvoir faire une étape complète avec tous les raideurs. Sur le vélo, on change de point de vue, on apprécie d’avantage le paysage, et surtout on prend conscience de ce que les raideurs vivent sur leur compagnons. Cela m’a permis de ressentir l’atmosphère régnant dans l’équipe. Avec un regard extérieur, j’ai pu comprendre les différents échanges verbaux et gestuels qui prévalent entre les membres de l’équipe, et tout cela dans un cadre exceptionnel ! Cette étape aura été une véritable satisfaction pour moi. Du fait de ma fraîcheur physique, je n’ai pas éprouvé de réelles difficultés, et j’ai donc pu terminer l’étape avec les autres raideurs. Mon seul regret est que ce murmure de la Grande Dame ne se fera plus, à présent, que dans l’Albertomobile. »

Reportage : La route du sel
Par Léna

Le lundi 22 mars, alors que nous prenons le petit déjeuner en plein milieu du désert, un camion passe et s’arrête afin de nous saluer et de nettoyer son camion. Quelle belle occasion pour nous !

Voici en quoi consiste le travail de ce grand bonhomme fort sympathique : Guillermo Acuña a 42 ans, il est marié et a 3 enfants. Depuis un an maintenant il travaille pour l’entreprise Trampac. Cette entreprise transite le sel du Salar d’Atacama jusqu’à Baquedano, soit une distance de 178 km. Elle emploie 25 camionneurs qui effectuent ce trajet 2 fois par jour (car il faut le savoir, ils sont payés à la commission). Le rythme de travail est le suivant : 15 jours de travail de 13 à 14h par jour, puis 15 jours de repos durant lesquels la majeure partie des camionneurs retournent dans leur ville natale : Coquimbo. Cette ville étant actuellement dans une situation économique difficile, la population émigre pour travailler. Malgré un rythme de travail fatiguant, Guillermo nous confie être plutôt satisfait de son salaire : 350 000 pesos (530 Euros). Les camions utilisés pour le transit sont extrêmement puissants : ils font 375 chevaux et supportent jusqu’à 29 tonnes de marchandises. Ils sont équipés de mouchards qui limitent leur vitesse à 90 km /h . Ces machines américaines valent environ 14 000 Euros.
Le sel extrait de la terre sous forme liquide se durcit au contact de l’air et de l’eau pour ne laisser que le sel pur. Une fois le sel acheminé jusqu’à Baquedano, un train l’attend pour un voyage jusqu’à Togobilla, ville où il sera utilisé pour la fabrication de fertilisants. D’autre part, après plusieurs transformations, ce sel servira aussi à la fabrication de lithium et du sel de table.

 

Portrait de Bertrand :

L’ami Bertrand. Personnage énigmatique du groupe. Parlant peu mais souvent juste. Loin d’être un raideur de l’extrême, il se pose plus comme un aventurier sage et raisonné à la recherche des beautés et plaisirs que l’Ailleurs peut lui apporter.
Parti malheureusement trop tôt pour en avoir pu déchiffrer les codes, ou tout simplement trop tôt parce que sa sérénité et son humour, parfois grinçant, apportait un éclat de plus à ce voyage, Bertrand nous manque ; surtout dans son numéro de duelliste avec son pote Jean-Paul, l’œil du Raid, celui par qui la Normandie, les Hautes Alpes, mais aussi la France entière peuvent s’oxygéner l’esprit grâce au biais d’Internet. Internet dont Bertrand assura la rédaction des articles quelques jours, relayant ainsi Anaïs dans sa tâche titanesque.
Comme il eût été plaisant de t’avoir avec nous dans l’aridité de l’Atacama ou aux portes du Pacifique. Fort de la sagesse que tu as dispensé pendant ces deux semaines, l’œil de Jean-Paul, le verbe d’Anaïs, soutenu par ceux de Lionel, feront tout pour te garder près de nous, même si c’est derrière une vitre.

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