Lundi
22 mars
Il est 6h, Lionel réveille ses troupes. Alors que
les raideurs admirent le lever du soleil venu chatouiller
leur café matinal, un routier s’arrête
pour nettoyer son camion couvert de sable. C’est
l’occasion pour certains grands enfants de jouer
les transporteurs de sel.

Campement à l’aube
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Un nouveau compagnon ? |
Aujourd’hui
les raideurs ont un nouvel équipier : Thomas le
snowboarder est en manque de sensations fortes, il est
prêt à quitter le short africain pour le
cycliste bleu ! Lionel lui prête l’un de ses
« compagnons », une opportunité rare
qui résonne comme un privilège.

Le sel lui rappellerait-il la neige de ses montagnes
?
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A
8h30, ils s’élancent à vive allure
dans la descente du col. Il fait déjà 20°C.
La chaleur monte aussi vite que les émotions. Tous
les 10 km, les raideurs pénètrent un univers
différent. La route se mue sous leurs roues : tantôt
des cailloux, tantôt du sable, tantôt de la
taule ondulée ou une route tannée par le
sel.

Le club des cinq s’est agrandi |

Que le désert est vaste |

La belle équipe |

Devant ou derrière, ils seront toujours les
premiers |
Le paysage revêt toute sa garde-robe. Poussée
par le vent, les raideurs passent rapidement de 2800m
à 2000m d’altitude, émerveillés
par ce panel de couleurs qui défilent sous leurs
yeux. Le contraste est saisissant. Le Salar prend la forme
de nids d’abeilles démesurés, asséchés
par le soleil, pour se changer dans les dunes de sel en
une étendue lisse d’une blancheur aveuglante.
Les raideurs dévorent les kilomètres et
nourrissent leurs regards de tous ces panoramas insolites.
Dans ce cadre inespéré, le déjeuner
prend une tournure enchantée. Se baigner en plein
désert, qui l’eût cru ? Alors que Pascal
travaille ses plongeons, Lionel part terminer l’étape.
Le spectacle est toujours aussi grandiose, mais la piste
prend des allures de sable mouvant.
Départ en solitaire |
Le
compteur de Lionel marque 157km lorsque le terrain du
bivouac est choisi: une centaine de mètres carrés
abrités dans les dunes. Ce soir au menu, un bouillon
de légumes à la belle étoile, pour
réhydrater les corps et combler les papilles. |
Mardi
23 mars
Les rayons du soleil indiquent 6h. Debout tout le monde
! Le désert réserve encore des surprises.
L’étape d’aujourd’hui est plus
sablonneuse que les précédentes, et les cailloux
font obstacle à l’Albertomobile ! La pauvre
est d’abord obligée de rebrousser chemin pour
être ensuite bloquée par une barrière
inhospitalière. Elle finit par se tirer de ce mauvais
pas et retrouve ses raideurs sur le point de manquer d’eau.
L’équipe quitte le désert d’Atacama
après y avoir parcouru 380km. Direction Antofagasta
où ils accueilleront le chirurgien, la présidente
des Amis du monde ainsi que les journalistes. L’aventure
continue…
Impressions
des raideurs :
Joël
:
« J’ai appris durant ce raid ce qu’est
l’effort et l’accumulation de la fatigue, mon
organisme a été mis à rude épreuve
; mais tout a été effacé par la satisfaction
de découvrir une culture, des paysages, des couleurs
et des émotions différentes. C’est dans
le désert d’Atacama que j’ai ressenti
des moments forts dans un climat hostile où seul
le soleil et le sel sont les maîtres des lieux. De
l’avoir traversé restera un souvenir inoubliable.
Dans ce désert, les collines sont des palettes de
couleurs où l’œil ne sait plus où
se poser. Quant à l’émotion c’est
difficile de vous l’expliquer, c’est quelque
chose qui se vit de l’intérieur. Chez nous
en France, il y a une expression que l’on utilise
pour dire de quelqu’un qu’il est en difficulté
: « il fait sa traversée du désert.
» Je peux vous dire qu’elle ne s’applique
vraiment pas ici. Je vous souhaite chers internautes de
vivre de tels moments et j’en profite pour embrasser
mes enfants, ma femme et en pensant aussi à ma famille.
»
Aymeric
:
« On arrive bientôt à Arica, et c’est
déjà pour moi une victoire d’avoir franchi
tous les obstacles de ce pays aux reliefs extrêmes.
Chaque jour on découvre des paysages magnifiques
et différents, des personnes accueillantes et chaleureuses
: du coup, l’envie d’en découvrir et
d’en savoir toujours plus s’amplifie de jour
en jour. Chaque matin on roule, et l’envie de me dépasser
grandit : je me sens en forme, prêt à enchaîner
les difficultés et prendre un réel plaisir
sur mon compagnon. Il n’y a pas de secret, c’est
le travail et toute cette préparation d’une
année bien programmée qui payent. Une fois
à vélo, tout s’oublie, je fais le vide
et je m’imprègne de tout ce qui m’entoure.
En même temps, je ne roule pas tout seul, les réflexes
du groupe rythment donc chacune de mes étapes. Rester
derrière, prendre le relais, soutenir un camarade
en difficulté. Je me souviens notamment d’une
étape de montagne où l’on gravit le
col de Los Libertadores et où l’on atteignit
la frontière argentine. 38 kilomètres de lacets,
en plein milieu d’un ballet continu de poids lourds
saluant notre effort et nous encourageant de leurs klaxons.
Un souvenir inoubliable. Une autre étape forte fut
pour moi celle du col de Los Llanos de Huanta, où
nous finîmes en plein milieu d’un champ de vignes.
Alors affaibli par des maux de ventre, je suis allé
puiser au plus profond de moi-même pour finir l’étape
avec mes compagnons. Bien que lessivé, je pense avoir
justifié ces mois de souffrance en France, sans lesquels
je n’y serais jamais arrivé. Cerise sur le
gâteau, mon plaisir sur le vélo se prolonge
à chaque fin d’étape, au moment de retrouver
toute l’équipe, car l’ambiance du groupe
est telle que je me réjouis de les retrouver pour
partager et échanger nos impressions sur la journée
et pour découvrir les individualités qui se
cachent derrière le collectif. »
Pascal
:
« Aucun insecte, aucun volatile, aucune verdure. Rien
que l’immensité d’un drôle de désert
fait de sel, de caillasses. Des luminosités qui me
font perdre la ligne d’horizon, confondre nuages et
cimes. Et quand le vent cesse de souffler sur mes lobes
d’oreilles, une autre immensité encore se fait
alors aussi vaste qu’est ici le ciel étoilé.
C’est le silence. Tout ce que je redoutais dans ce
Chili du nord n’aura été au contraire
que rencontres exceptionnelles. »
Marcel
:
« Dès le premier jour, la poussière,
les côtes, les routes sablonneuses ont été
difficiles. Et puis le vent le soir au campement, que de
poussière encore, pas facile de monter les tentes
avec des piquets qui ne s’enfoncent pas toujours.
Ensuite dans le Salar d’Atacama, les pistes de sel
ressemblaient à de la neige. Puis encore et encore
des montagnes sans aucune verdure. C’était
fabuleux de trouver dans un petit village de 300 habitants
de l’eau claire et douce pour se laver et se rafraîchir.
Dans la dernière étape, la piste avait disparu
et l’Albertomobile n’a pas pu passer. Nous on
a pu passer avec les vélos, c’était
extraordinaire. Jamais je ne reverrai ça dans ma
vie. J’ai envie de dire merci »
Léna
:
« Ces quelques jours dans le désert sont particulièrement
mémorables. Nous avons traversé une diversité
de paysages incroyables sous une chaleur accablante le jour
et un froid glacial la nuit. Ceci, toujours bercé
par un vent plus ou moins violent. Des dunes de sable et
de pierres à perte de vue, comme ridées ;
El Salar, blanc comme neige, pur, magnifique et enfin une
végétation éparse sur la fin qui nous
montre enfin signe de vie. C’est alors que nous débarquons
dans un petit village Quechua : Peine, inespéré
dans ce désert mythique et aride. Et oui, une belle
surprise nous y attendait : une piscine d’eau thermale
et ses habitants réservés. Quel bonheur de
pouvoir se rafraîchir…
Voilà, ces quelques jours resteront gravés
dans ma mémoire. De retour en France, je n’aurai
qu’à fermer les yeux pour revivre l’immensité
du désert, de cette nature imperturbable. »
Thomas
:
« Après mon expérience de le semaine
dernière, j’attendais avec impatience de pouvoir
faire une étape complète avec tous les raideurs.
Sur le vélo, on change de point de vue, on apprécie
d’avantage le paysage, et surtout on prend conscience
de ce que les raideurs vivent sur leur compagnons. Cela
m’a permis de ressentir l’atmosphère
régnant dans l’équipe. Avec un regard
extérieur, j’ai pu comprendre les différents
échanges verbaux et gestuels qui prévalent
entre les membres de l’équipe, et tout cela
dans un cadre exceptionnel ! Cette étape aura été
une véritable satisfaction pour moi. Du fait de ma
fraîcheur physique, je n’ai pas éprouvé
de réelles difficultés, et j’ai donc
pu terminer l’étape avec les autres raideurs.
Mon seul regret est que ce murmure de la Grande Dame ne
se fera plus, à présent, que dans l’Albertomobile.
»
Reportage
: La
route du sel
Par Léna
Le
lundi 22 mars, alors que nous prenons le petit déjeuner
en plein milieu du désert, un camion passe et s’arrête
afin de nous saluer et de nettoyer son camion. Quelle belle
occasion pour nous !
Voici
en quoi consiste le travail de ce grand bonhomme fort sympathique
: Guillermo Acuña a 42 ans, il est marié et
a 3 enfants. Depuis un an maintenant il travaille pour l’entreprise
Trampac. Cette entreprise transite le sel du Salar d’Atacama
jusqu’à Baquedano, soit une distance de 178
km. Elle emploie 25 camionneurs qui effectuent ce trajet
2 fois par jour (car il faut le savoir, ils sont payés
à la commission). Le rythme de travail est le suivant
: 15 jours de travail de 13 à 14h par jour, puis
15 jours de repos durant lesquels la majeure partie des
camionneurs retournent dans leur ville natale : Coquimbo.
Cette ville étant actuellement dans une situation
économique difficile, la population émigre
pour travailler. Malgré un rythme de travail fatiguant,
Guillermo nous confie être plutôt satisfait
de son salaire : 350 000 pesos (530 Euros). Les camions
utilisés pour le transit sont extrêmement puissants
: ils font 375 chevaux et supportent jusqu’à
29 tonnes de marchandises. Ils sont équipés
de mouchards qui limitent leur vitesse à 90 km /h
. Ces machines américaines valent environ 14 000
Euros.
Le sel extrait de la terre sous forme liquide se durcit
au contact de l’air et de l’eau pour ne laisser
que le sel pur. Une fois le sel acheminé jusqu’à
Baquedano, un train l’attend pour un voyage jusqu’à
Togobilla, ville où il sera utilisé pour la
fabrication de fertilisants. D’autre part, après
plusieurs transformations, ce sel servira aussi à
la fabrication de lithium et du sel de table.
Portrait
de Bertrand :

L’ami Bertrand. Personnage énigmatique du groupe.
Parlant peu mais souvent juste. Loin d’être
un raideur de l’extrême, il se pose plus comme
un aventurier sage et raisonné à la recherche
des beautés et plaisirs que l’Ailleurs peut
lui apporter.
Parti malheureusement trop tôt pour en avoir pu déchiffrer
les codes, ou tout simplement trop tôt parce que sa
sérénité et son humour, parfois grinçant,
apportait un éclat de plus à ce voyage, Bertrand
nous manque ; surtout dans son numéro de duelliste
avec son pote Jean-Paul, l’œil du Raid, celui
par qui la Normandie, les Hautes Alpes, mais aussi la France
entière peuvent s’oxygéner l’esprit
grâce au biais d’Internet. Internet dont Bertrand
assura la rédaction des articles quelques jours,
relayant ainsi Anaïs dans sa tâche titanesque.
Comme il eût été plaisant de t’avoir
avec nous dans l’aridité de l’Atacama
ou aux portes du Pacifique. Fort de la sagesse que tu as
dispensé pendant ces deux semaines, l’œil
de Jean-Paul, le verbe d’Anaïs, soutenu par ceux
de Lionel, feront tout pour te garder près de nous,
même si c’est derrière une vitre.
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