" La Grande Dame des Andes" : l'actualité

 22 mars 2004

Le trésor du col de Los Llanos de Huanta

Jeudi 18 mars

Il est 7 heures, les yeux des raideurs s’ouvrent sur un décor enivrant. Ils ont passé la nuit dans les vignes, bercés par les effluves de raisin dont les grappes délicates viennent tout juste d’être cueillies.


Un toit de vignes protège le campement

Fenêtre sur vignes

L’Albertomobile, qui a sans doute mangé un peu trop de gasoil, n’a pas une silhouette qui lui permette de défiler pare-brise haut dans le col de Los Llanos de Huanta. Il est donc prévu que Walter, le fils du propriétaire des vignes, prenne dans son pick-up l’équipe du film et le photographe et les accompagne tout au long de l’étape aux côtés des raideurs. Avant ça, il doit soigner un tracteur fatigué et emmener une vingtaine de vendangeurs en haut du col pour le premier jour de récoltes. Les raideurs trépignent d’impatience. Ne pas avoir pu monter ce col la veille à cause d’une erreur d’aiguillage leur avait laisser un goût amer. Il est 9h30 lorsque Walter revient au campement avec le pick-up, il fait déjà 28 degrés.
Le Grande Dame est là, elle les attendait. Il semble que le rendez-vous manqué de la veille était écrit dans la légende du raid. C’est à priori l’étape la plus courte du raid, mais les 10 km qui séparent les raideurs des 6 hectares de vignes perchés au sommet du col resteront mythiques. La Belle sonne les coups d’une tragédie en 3 actes.

Acte I : La montée
Les chemins volcaniques du sud sont remplacés par un savant dosage de sable fin, de terre et de cailloux que la Grande Dame a mitonné pendant des décennies en attendant l’arrivée des premiers raideurs dans le col de Los Llanos de Huanta.


Corps à corps avec le col de Los llanos de Huanta

Lionel, qui a des roues moins larges que les autres raideurs, est en difficulté dès les premiers mètres. Sa roue arrière n’adhère pas, elle ripe, il est forcé de mettre le pied à terre à plusieurs reprises. Pour un tel effort, son rythme cardiaque est en temps normal de 120 pulsations par minute, là il plafonne à 170 durant 52 minutes. Le chemin est tantôt un amas de sable, tantôt un bloc de roches.

Lionel en difficulté

La souffrance du corps

Les troupeaux de chèvres, les moutons et les chevaux qui circulent sur cette route étroite donnent aux raideurs l’impression de s’être embarqués sur l’Arche de Noé. Sur les ordres de l’Adero (gardien de troupeaux à cheval) les animaux leurs libèrent un passage afin qu’ils puissent enfin s’extirper de la poussière.


Les raideurs doivent composer avec les maîtres de la montagne

Quand la poussière s’en mêle

Aymeric se bat contre un estomac fragile
Aymeric offre à la Grande Dame une belle leçon de courage. Victime à son tour d’une insolation, il vomit par deux fois mais termine l’étape grâce à une volonté féroce.
Au prix de 52 minutes d’efforts violents, les raideurs parviennent enfin au sommet et découvrent le trésor du col de Los Llanos de Huanta : 6 hectares de vignes font la roue à 2300 mètres d’altitude.

Premier jour des vendanges à 2300m d’altitude

Quand les raideurs jouent les vendangeurs

Les vendangeurs, très affairés en ce premier jour de récolte, prennent quelques minutes de leur temps précieux pour expliquer aux raideurs le fonctionnement du vignoble.

Acte II : La descente
Aymeric rentre au campement dans le pick-up de Walter. Les 4 autres raideurs commencent à redescendre et prennent très vite conscience de l’ampleur de la pente.


La descente aussi difficile que la montée
Sur ce terrain escarpé, Pascal ne décroche pas et chute. Rien de grave, il repart aussitôt.

Quoiqu’il arrive, Pascal ne lâche pas le guidon !

L’affolement des chevaux
Joël, qui ramasse à terre la veste de l’Adéro pour la lui ramener en est la triste victime. La veste se prend dans sa roue avant et lui fait faire un spectaculaire saut de l’Ange. Assommé pendant quelques minutes, il remonte sur son compagnon, souffrant de quelques contusions à la main et à la hanche.


Acte III : Le pont
La roue du compagnon de Lionel se bloque entre deux planches de bois. Déséquilibré, il chute contre la rambarde du pont que vient heurter violemment son petit doigt. Direction l’hôpital de Vicuna à 40 kilomètres. Son doigt est luxé, 4 points de suture seront nécessaires pour qu’il n’y paraisse (presque) plus rien.


A l’hôpital de Vicunia

Cette étape n’aura duré que 2 heures, mais les conditions auxquelles la Grande Dame a soumis les raideurs n’aura qu’amplifié les souvenirs qu’ils en garderont. Au bout de 14 jours de raid, Lionel a parcouru 1926 km, et les raideurs 960.
La Grande Dame ne permet plus à l’Albertomobile de continuer sur ses pistes, il est donc temps de regagner la Panaméricaine pour le deuxième grand transfert : Vicunia – Antofagasta, soit 900 km pour atteindre les 10 derniers jours du raid . Les raideurs, intimement liés à la Grande Dame des Andes, sont attendus dans le désert le plus aride du monde : le désert d’Atacama. De samedi à mardi ils seront donc coupés des commerces et n’auront aucun accès à internet.


Reportage :

Les vignes de la vallée Del Elqui
Par Léna et Thomas

En haut du col de Los Llanos de Huanta, c’est le premier jour des vendanges. Monsieur Aguirré et son fils Walter, qui nous ont accueilli la veille sur leur terrain au pied du col, nous proposent de nous faire vivre un moment d’exception à 2200 m d’altitude.


Aguirre Alcides a commencé le travail de viticulteur en 1962, il est relayé aujourd’hui par son fils. Leur exploitation s’étend sur 12 hectares qui sont destinés essentiellement à la production de Pisco, alcool national chilien. 200.000 tonnes de raisin sont vendus aux coopératives de Pisco, au prix de 80 pesos le kilo. Il faut savoir qu’il faut 10 kilos de raisin pour faire un litre de Pisco. Il est obtenu après distillation du vin. Le reste, le raisin de table, soit 20.000 caisses de 8 kilos est exporté aux Etats-Unis, en France et en Italie. Il est plus facile d’exporter vers l’Europe, car aux Etats-Unis, il existe certaines restrictions, par exemple le poids d’une grappe de raisin ne doit pas excéder 600 grammes sans quoi la transaction ne se fait pas.
De plus, le vente de 5 kilos de raisins est de 12 dollars US pour l’Europe, et seulemenSt 10 dollars US pour les Etats-Unis. Aguirre et Walter souhaiteraient exporter encore plus de raisins vers la France. Ils travaillent avec 9 ouvriers permanents qu’ils payent 5.000 pesos par jour. Ceux-ci sont rejoints par 40 autres pendant la période des vendanges, pour couper les raisins et conduire les tracteurs.
Tout au long de l’année, Aguirre et son fils s’occupent de traiter les vignes pour éviter qu’une maladie ne vienne les détruire. Il s’agit également de tailler les cèpes et de leur faire des greffes. Les cèpes doivent être renouvelés tous les 20 ans. Ce n’est qu’au bout de la troisième année qu’ils commencent à donner des raisins, la cinquième étant l’année où leurs rendements sont les meilleurs.

Galerie photos :

 

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