Dimanche
7 mars
Le bus a osé faire le « coup de la panne
» à la Grande Dame des Andes ! Le moteur
du bus, à peine sorti des chaines de production
brésiliennes, a déposé le bilan.
Diagnostic : durite d’arrivée de gas-oil
arrachée.

L’effort continue
|
Impossible de réparer sur place, il faut attendre
l’intervention du concessionnaire. De toute évidence,
le bus ne pourra pas reprendre la route avant le lendemain
soir. La chance a voulu que la panne survienne en pleine
campagne et au bord d’une rivière. Encore
faut-il savoir à qui appartient la pâture
le long de laquelle notre périple s’est momentanément
arrêté. Nous n’avons pas trouvé
le propriétaire, mais avons en revanche rencontré
un agriculteur qui nous assure que nous ne risquons rien.
Surtout pas l’expulsion dans la mesure où
l’accueil est sacré au Chili. Avec son tracteur,
il nous aide même à mettre le bus hors de
danger, et pousse la générosité jusqu’à
nous offrir cinq litres de lait. Pendant ce temps, Anaïs,
Jean-Paul et Lionel ont eux aussi testé la solidarité
des Chiliens. Ordinateur portable et appareil-photos en
bandoulière, ils ne sont guère restés
plus de trois minutes le pouce dirigé vers la ville
la plus proche, Panguipulli en l’occurrence. Le
voyage de 15 kilomètres s’est effectué
dans la benne d’un pick-up jusqu’au premier
cyber encore ouvert ce dimanche en fin d’après-midi.
Et grâce auquel vous avez pu partager notre bonheur.
Lundi
8 mars
Avouons-le, le bivouac ne s’est pas réveillé
aux aurores, comme c’est le cas habituellement. Comme
pressenti la veille, le mécanicien ne sera là
qu’en milieu d’après-midi. L’occasion
est trop belle de remettre un peu d’ordre dans les
sacs. Le linge sale s’entasse depuis déjà
une semaine. Et tant pis si l’eau de la rivière
est glacée.

Les pères Denis |
Le
récit qu’ont fait les trois éclaireurs
de la veille au soir de Panguipulli, n’incite pas
à rester au campement, fût-il agréable.
Effectivement, cette ville de 35 000 habitants , caractéristique
de l’architecture sud-américaine, ne manque
pas de charmes. Station de vacances idéalement située
autour d’un de ces lacs dont le Chili a le secret,
elle attire des milliers de touristes. Pour autant, notre
groupe ne passe pas inaperçu.

La rue principale |
Les
seuls Européens à s’aventurer
aussi loin sont Allemands, le plus gros des troupes
étant constitué des voisins Argentins
et de nord américains. A n’en pas douter,
la France bénéficie d’une bonne
côte de popularité, que les récentes
prises de position vis-à-vis de la guerre en
Irak n’ont fait que renforcer. La France qui
dispose d’un ambassadeur à Panguipulli.
Plus exactement d’une ambassadrice. L’épouse
du maire, exilée politique durant la dictature,
a en effet passé son bac et a poursuivi ses
études à Strasbourg. De l’autre
côté du Rhin, à Fribourg, se trouvait
un autre déraciné. La suite, vous la
devinez. Leur premier enfant est donc né en
France, puis la famille est revenue dans son pays
natal avec la démocratie. |
Trop heureuse de pouvoir parler français, elle
a partagé notre dîner au campement, nous
promettant une surprise pour le lendemain midi. Et
comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, nous
apprennons que le « cœur » de «
L’Albertomobile » était de nouveau
alimenté. Le repas chilien préparé
par nos deux chauffeurs privés de volant n’en
eut que plus de saveurs. |

Alberto et Victor gâtent les raideurs |
Mardi
9 mars
La journée s’annonce chargée. Outre
le rendez-vous avec la municipalité de Panguipulli,
nous en avons un autre à honorer. La veille, Pascal
n’a pas perdu son temps. Parti à la recherche
d’une école à jumeler avec celle de
Ferrière-Harang, dans le Calvados, il est tombé
sous le charme de la petite école de Nancul. «
C’est celle-là , j’en suis certain, j’ai
ressenti quelque chose » a avoué le raideur
virois.
A 10 heures précises, le groupe fait son entrée
dans la cour. Les enseignants, le directeur, et surtout,
les enfants, nous accueillent chaleureusement. Les bases
du futur jumelage sont posées. La balle est désormais
dans le camp des deux écoles. Lionel a néanmoins
souhaité aller plus loin, et proposé d’aider
cette école rurale semi-privée, en aidant
financièrement à la construction d’un
gymnase. A partir du moment où un accord sera trouvé
et que la décision sera entérinée par
les Amis du Monde, l’école de Nancul pourra
compter sur une contribution de 500 000 Pesos, soit 5000
de nos anciens nouveaux francs.
A la mairie de Panguipulli, la soirée a laissé
des traces. Les raideurs y sont accueillis comme des amis.
Les présentations ont déjà été
faites, et l’incroyable énergie et bonne humeur
de l’épouse du maire n’incitent pas à
la réserve. Quant à la surprise, nous la pressentions
un peu à vrai dire. Notre intérêt pour
le peuple Mapuche a fait imaginer à nos hôtes
que nous devrions apprécier la présence d’indiens
en tenue traditionnelle pour saluer notre départ.

Tour de ville |

Un seul objectif : grimper ! |
La
journée est bien avancée ! Plus question d’une
étape marathon. Ce serait oublier que nous sommes
dans la Cordillière des Andes. Les quelque 70 kilomètres
qui séparent Panguipulli de Conaripe ressemblent
plus à des :montagnes russes qu’au Vélodrome
d’Hiver. Les pistes, mélange de poussière
grise et de pierres volcaniques, se dérobent sous
les roues des « compagnons ». A la limite du
décrochage sur des pentes flirtant parfois avec les
25%, les cinq raideurs sont à la peine.

Sans
relâche
Le
vélo de Lionel, peu adapté à la configuration
du terrain, nécessite d’autant plus d’efforts
et d’adresse pour éviter les chutes. Au mieux,
d’avoir à poser le pied à terre, qui
signifierait une quasi impossibilité de repartir.
Dans ces conditions ô combien difficiles, le petit
bus de ville progresse lui aussi difficilement. Toutefois,
ses passagers peuvent tout à loisir savourer les
paysages qui s’alignent sous leurs yeux, le suivant
occultant le précédent. Toujours plus haut,
toujours plus beau !
Cerise sur le gâteau, le terme de l’étape
du jour s’écrit avec un H. Le Parque Nacional
Villarica regorge de sources d’eau chaude, que les
Chiliens ont domestiqué. Le grand chaudron du ventre
de la terre a besoin de soupapes pour laisser s’échapper
le trop-plein d’énergie, à la manière
d’une formidable cocotte-minute. Imaginez un bain
de minuit, dans une eau à 45° alors qu’il
fait moins de 10° à l’extérieur,
avec le ciel étoilé en guise de plafond et
les volcans enneigés délimitant les murs de
la salle de bain.
Mercredi
10 mars
Le chemin du retour s’est révélé
aussi dangereux qu’il avait été difficile
à l’aller. Les freins des « compagnons
» n’ont que rarement été autant
sollicités. Une chute au fond du ravin, et c’en
est terminé du raid ! Le retour dans la vallée
, au bout de 25 km d’une descente infernale rassure.
Il reste encore une cinquantaine de kilomètres à
parcourir, le plus souvent dans les cailloux. La Grande
Dame des Andes n’aime pas l’asphalte, qui l’en
blâmerait ? La Grande Dame que Lionel entend défier,
non pas par prétention mais parce qu’elle appelle
les performances. Un tête-à-tête de 100
km et par 32°, qui le mènera jusqu’à
Temeuco, à l’ombre du volcan Llaina culminant
à 3125m. Cinq heures d‘un bras de fer inégal,
tout au long duquel la Grande Dame teste ses soupirants…
Reportages
La
culture Mapuche

A
chacun son costume !
La
population s’élève à 15 millions
d’habitants, c’est à dire le quart de
la population française, pour un pays plus vaste
du double. L’origine de la population actuelle vient
surtout du brassage de la population autochtone. Il y a
3 groupes important : Aymaras, Atacamemos dans le Nord et
Mapuche dans le Sud. Tous les trois se sont mélangés
avec les espagnols, au fil de l’histoire. L’immigration
espagnole fut surtout masculine durant toute la période
coloniale, ce qui explique la rapidité du métissage
des indigènes. Les différentes ethnies indiennes
ont ainsi été soit intégrées
complètement par le métissage, soit décimées
de manière drastique (spécialement en Patagonie).
Dans la commune de Panguipulli, qui compte 35000 habitants,
45% de la population est d’origine Mapuche. Le terme
« Mapuche » vient de « mapu », qui
veut dire terre, et de « che », qui signifie
« gens ». Les Mapuches sont donc « les
gens de la terre ».
Depuis
l’élection d’Alejandro Koheler à
la mairie de Panguipulli, il existe un bureau qui donne
une représentation physique à cette communauté.
C’est la première mairie qui offre aux Mapuches
une représentante : Maria Virginia Hernandez.
Elle
explique que la création de ce bureau était
nécessaire pour canaliser les demandes mapuches
et résoudre les problèmes entre Mapuches
et Huincas (descendants des conquistadors espagnols).
Beaucoup d’abus sont alors commis à l’encontre
des populations indigènes : exécutions
sommaires, maisons incendiées, vols de terres…
Malgré la pacification de l’Araucania
(région du sud du Chili) en 1882, les exactions
perdurent. L’histoire a nourri une réflexion
traduite par la nécessité de reconnaître
l’existence de 2 cultures, mapuche et huincas.
Ainsi est crée, il y a 10 ans, la CONADI (corporation
nacional de desarrollo Indigena), institution publique
chargée du développement de la culture
indigène à travers la reconnaissance
de leurs droits sur tout le territoire, et qui dépend
du ministère de planification nationale. Les
Mapuches ont leur propre langue, leurs propres coutumes.
La langue Mapuche ( le mapudungum) est enseignée
à tous les élèves dans les écoles
primaires dont la population est majoritairement mapuche.
Le peuple Mapuche se divise en de nombreuse communautés,
qui diffèrent selon le Nord et le Sud du Chili.
Ce qui change, c’est d’une part les rites
(chansons…) et d’autres part par les croyances.
Dans le Sud, les Mapuches croient en quatres divinités
: les anciens, qui représentent la sagesse,
la connaissance, et les jeunes, qui représentent
la fertilité et l’énergie. De
Temaco à Arica, les Mapuches croient en trois
divinités : Dieu, la mère et l’enfant,
ce qui se rapproche de la religion catholique.
|

Maria Virginia Hernandez |
Le
jour de l’an, qui a lieu le 24 juin, les Mapuches
prient pour que l’année qui commence soit bénéfique.
A 5h du matin, les femmes et les hommes dansent pendant
30 minutes. Vers 6h, ils se baignent pour purifier leur
corps et leur âme et récitent une prière
(la Guillaturr) pour que la pluie leur apporte l’eau
nécessaire à des récoltes abondantes.

Un représentant de la communauté Mapuche |
La
cohabitation entre élèves Mapuches et
Huincas ne semble poser aucun problème d’ordre
discriminatoire dans les écoles de la commune
de Panguipulli. Néanmoins, il existe encore
une génération dont les parents ou les
grands-parents ont été torturés
ou qui se sont vu voler leurs terres. Aussi se battent-ils
aujourd’hui pour qu’on leur restitue ces
terres. Le maire de Panguipulli, soutenu par des avocats,
entame des procédures judiciaires pour aider
les Mapuches à récupérer leurs
biens par la voie pacifique. Le gouvernement a lui
aussi entrepris de racheter des terres usurpées
par les Huincas. Le secrétaire de planification
communale, Pedro Torres Pedrero, reconnaît que
le gouvernement fait des efforts pour garantir la
sécurité des Mapuches et préserver
leur culture. Mais il admet également que le
gouvernement se canalise d’abord sur les problèmes
de santé, d’éducation, d’électricité
et d’eau. |
L’école
rurale de Nancul
par Pascal et Léna

Conférence
de presse à l’école de Nancul
Fini
les vacances, on est le 8 mars, c’est la rentrée
des classes ! Ici au Chili, la période scolaire -
comme les saisons, est très différente de
celle qui rythme l’année des élèves
français. Les écoliers ont cours du 8 mars
au 23 décembre, de 8h30 à 13h30 le matin et
de 15h à 16h30 l’après-midi.
L’école de Nancul, rattachée à
la ville de Panguipulli à 15 km, est une école
catholique subventionnée par l’Etat, l’Eglise
ainsi que par des institutions indépendantes comme
la fondation du magistère de la providence. 120 élèves,
garçons et filles, la plupart enfants de paysans,
étudient dans cette école. Luis Ojeda Lagos,
le professeur d’histoire, m’avoue que les diverses
subventions suffisent tout juste à payer le salaire
des professeurs, mais qu’ils n’ont néanmoins
jamais autant gagné qu’en ce moment. Revenons
à l’école. Les enfants y sont admis
en « pré-basique », l’équivalent
de notre maternelle, puis en « basic » ( de
5 à 12 ans), qui correspond à notre école
primaire. Au-delà, ils entrent à l’école
moyenne en ville qui, vous l’aurez compris, équivaut
au collège français. A l’école
de Nancul, ils étudient les mathématiques,
l’espagnol, la communication, les sciences naturelles,
les sciences sociales, les sciences techniques et d’investigations,
la musique, les arts visuels et d’orientation, ainsi
que le sport. Ils apprennent d’ailleurs un jeu collectif
ancestral pratiqué par les Mapuches : le Palin (ou
Chueca en Mapuche). Ce sport, réservé aux
hommes, se joue pieds et torse nu, sur l’herbe, et
consiste à mesurer la dextérité des
joueurs à envoyer une balle dans le camp adverse.
Il ressemble un peu au polo finalement !

La récréation
Comme
dans les écoles municipales, les élèves
de l’école de Nancul doivent porter un uniforme.
Même s’il varie quelque peu, cet uniforme est
national. Les classes sont mixtes. Le professeur d’histoire
admet que le niveau scolaire est relativement bas, mais
il insiste sur la docilité des élèves.
Ils sont agréables, bien éduqués, et
considèrent les professeurs comme des membres de
leur famille. Les professeurs et les élèves
nouent donc des liens très forts. Certains élèves
parcourent plus de 7 km à pied pour venir à
l’école car le bus scolaire ne passe que sur
les grands axes.
La rencontre a été tellement chaleureuse,
avec les professeurs comme avec les élèves,
que j’ai immédiatement pensé à
leur proposer un jumelage avec l’école française
de la Ferrière Harang, près de Vire dans le
Calvados. J’ai pu ainsi leur montrer les travaux réalisés
par les élèves de France, des cartes situant
le village, des portraits de chacun, des photos de groupe.
L’école de Nancul a accepté avec joie
ce jumelage qui ouvrira à ces deux écoles
des univers nouveaux !

Photo de classe !
Rencontre
avec Daniela
par Thomas
Daniela
Millaguir a 10 ans, elle est élève à
l’école rurale de Nancul. Depuis la séparation
de ses parents, elle habite avec sa mère et ses deux
frères de 5 et 13 ans dans la ville de Panguipulli,
à une quinzaine de kilomètres de l’école.
Elle prend ainsi le bus scolaire pour être en cours
à 8 heures. Comme tous les autres élèves
de cette école, Daniela n’a cours que le matin
et quitte l’école à midi.

Daniela
et Thomas
Cette
jeune fille au grand sourire a des ancêtres mapuches.
Et si elle confie aux raideurs ne pas pratiquer les rites
mapuches dans sa famille, la culture de son grand-père
lui a néanmoins donné un nom de famille mapuche,
bien distinct des noms aux consonances espagnoles.
Pour que je n’oublie pas notre rencontre, Daniela
m’a offert sa casquette, et pour qu’elle ne
m’oublie pas à son tour, je lui ai offert un
t-shirt de « La Grande Dame des Andes », qui
lui fera sûrement une superbe chemise de nuit ! Léna,
qui fabrique elle-même des boucles d’oreilles,
était vraiment contente de lui en faire choisir une
paire colorée.
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