" La Grande Dame des Andes" : l'actualité

 12 mars 2004

Du sport, de l’entraide et des rencontres

Dimanche 7 mars

Le bus a osé faire le « coup de la panne » à la Grande Dame des Andes ! Le moteur du bus, à peine sorti des chaines de production brésiliennes, a déposé le bilan. Diagnostic : durite d’arrivée de gas-oil arrachée.


L’effort continue

Impossible de réparer sur place, il faut attendre l’intervention du concessionnaire. De toute évidence, le bus ne pourra pas reprendre la route avant le lendemain soir. La chance a voulu que la panne survienne en pleine campagne et au bord d’une rivière. Encore faut-il savoir à qui appartient la pâture le long de laquelle notre périple s’est momentanément arrêté. Nous n’avons pas trouvé le propriétaire, mais avons en revanche rencontré un agriculteur qui nous assure que nous ne risquons rien. Surtout pas l’expulsion dans la mesure où l’accueil est sacré au Chili. Avec son tracteur, il nous aide même à mettre le bus hors de danger, et pousse la générosité jusqu’à nous offrir cinq litres de lait. Pendant ce temps, Anaïs, Jean-Paul et Lionel ont eux aussi testé la solidarité des Chiliens. Ordinateur portable et appareil-photos en bandoulière, ils ne sont guère restés plus de trois minutes le pouce dirigé vers la ville la plus proche, Panguipulli en l’occurrence. Le voyage de 15 kilomètres s’est effectué dans la benne d’un pick-up jusqu’au premier cyber encore ouvert ce dimanche en fin d’après-midi. Et grâce auquel vous avez pu partager notre bonheur.

Lundi 8 mars

Avouons-le, le bivouac ne s’est pas réveillé aux aurores, comme c’est le cas habituellement. Comme pressenti la veille, le mécanicien ne sera là qu’en milieu d’après-midi. L’occasion est trop belle de remettre un peu d’ordre dans les sacs. Le linge sale s’entasse depuis déjà une semaine. Et tant pis si l’eau de la rivière est glacée.


Les pères Denis

Le récit qu’ont fait les trois éclaireurs de la veille au soir de Panguipulli, n’incite pas à rester au campement, fût-il agréable. Effectivement, cette ville de 35 000 habitants , caractéristique de l’architecture sud-américaine, ne manque pas de charmes. Station de vacances idéalement située autour d’un de ces lacs dont le Chili a le secret, elle attire des milliers de touristes. Pour autant, notre groupe ne passe pas inaperçu.


La rue principale
Les seuls Européens à s’aventurer aussi loin sont Allemands, le plus gros des troupes étant constitué des voisins Argentins et de nord américains. A n’en pas douter, la France bénéficie d’une bonne côte de popularité, que les récentes prises de position vis-à-vis de la guerre en Irak n’ont fait que renforcer. La France qui dispose d’un ambassadeur à Panguipulli. Plus exactement d’une ambassadrice. L’épouse du maire, exilée politique durant la dictature, a en effet passé son bac et a poursuivi ses études à Strasbourg. De l’autre côté du Rhin, à Fribourg, se trouvait un autre déraciné. La suite, vous la devinez. Leur premier enfant est donc né en France, puis la famille est revenue dans son pays natal avec la démocratie.
Trop heureuse de pouvoir parler français, elle a partagé notre dîner au campement, nous promettant une surprise pour le lendemain midi. Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, nous apprennons que le « cœur » de « L’Albertomobile » était de nouveau alimenté. Le repas chilien préparé par nos deux chauffeurs privés de volant n’en eut que plus de saveurs.

Alberto et Victor gâtent les raideurs

Mardi 9 mars

La journée s’annonce chargée. Outre le rendez-vous avec la municipalité de Panguipulli, nous en avons un autre à honorer. La veille, Pascal n’a pas perdu son temps. Parti à la recherche d’une école à jumeler avec celle de Ferrière-Harang, dans le Calvados, il est tombé sous le charme de la petite école de Nancul. « C’est celle-là , j’en suis certain, j’ai ressenti quelque chose » a avoué le raideur virois.
A 10 heures précises, le groupe fait son entrée dans la cour. Les enseignants, le directeur, et surtout, les enfants, nous accueillent chaleureusement. Les bases du futur jumelage sont posées. La balle est désormais dans le camp des deux écoles. Lionel a néanmoins souhaité aller plus loin, et proposé d’aider cette école rurale semi-privée, en aidant financièrement à la construction d’un gymnase. A partir du moment où un accord sera trouvé et que la décision sera entérinée par les Amis du Monde, l’école de Nancul pourra compter sur une contribution de 500 000 Pesos, soit 5000 de nos anciens nouveaux francs.
A la mairie de Panguipulli, la soirée a laissé des traces. Les raideurs y sont accueillis comme des amis. Les présentations ont déjà été faites, et l’incroyable énergie et bonne humeur de l’épouse du maire n’incitent pas à la réserve. Quant à la surprise, nous la pressentions un peu à vrai dire. Notre intérêt pour le peuple Mapuche a fait imaginer à nos hôtes que nous devrions apprécier la présence d’indiens en tenue traditionnelle pour saluer notre départ.


Tour de ville

Un seul objectif : grimper !

La journée est bien avancée ! Plus question d’une étape marathon. Ce serait oublier que nous sommes dans la Cordillière des Andes. Les quelque 70 kilomètres qui séparent Panguipulli de Conaripe ressemblent plus à des :montagnes russes qu’au Vélodrome d’Hiver. Les pistes, mélange de poussière grise et de pierres volcaniques, se dérobent sous les roues des « compagnons ». A la limite du décrochage sur des pentes flirtant parfois avec les 25%, les cinq raideurs sont à la peine.


Sans relâche

Le vélo de Lionel, peu adapté à la configuration du terrain, nécessite d’autant plus d’efforts et d’adresse pour éviter les chutes. Au mieux, d’avoir à poser le pied à terre, qui signifierait une quasi impossibilité de repartir. Dans ces conditions ô combien difficiles, le petit bus de ville progresse lui aussi difficilement. Toutefois, ses passagers peuvent tout à loisir savourer les paysages qui s’alignent sous leurs yeux, le suivant occultant le précédent. Toujours plus haut, toujours plus beau !
Cerise sur le gâteau, le terme de l’étape du jour s’écrit avec un H. Le Parque Nacional Villarica regorge de sources d’eau chaude, que les Chiliens ont domestiqué. Le grand chaudron du ventre de la terre a besoin de soupapes pour laisser s’échapper le trop-plein d’énergie, à la manière d’une formidable cocotte-minute. Imaginez un bain de minuit, dans une eau à 45° alors qu’il fait moins de 10° à l’extérieur, avec le ciel étoilé en guise de plafond et les volcans enneigés délimitant les murs de la salle de bain.

Mercredi 10 mars

Le chemin du retour s’est révélé aussi dangereux qu’il avait été difficile à l’aller. Les freins des « compagnons » n’ont que rarement été autant sollicités. Une chute au fond du ravin, et c’en est terminé du raid ! Le retour dans la vallée , au bout de 25 km d’une descente infernale rassure. Il reste encore une cinquantaine de kilomètres à parcourir, le plus souvent dans les cailloux. La Grande Dame des Andes n’aime pas l’asphalte, qui l’en blâmerait ? La Grande Dame que Lionel entend défier, non pas par prétention mais parce qu’elle appelle les performances. Un tête-à-tête de 100 km et par 32°, qui le mènera jusqu’à Temeuco, à l’ombre du volcan Llaina culminant à 3125m. Cinq heures d‘un bras de fer inégal, tout au long duquel la Grande Dame teste ses soupirants…

Reportages

La culture Mapuche


A chacun son costume !

La population s’élève à 15 millions d’habitants, c’est à dire le quart de la population française, pour un pays plus vaste du double. L’origine de la population actuelle vient surtout du brassage de la population autochtone. Il y a 3 groupes important : Aymaras, Atacamemos dans le Nord et Mapuche dans le Sud. Tous les trois se sont mélangés avec les espagnols, au fil de l’histoire. L’immigration espagnole fut surtout masculine durant toute la période coloniale, ce qui explique la rapidité du métissage des indigènes. Les différentes ethnies indiennes ont ainsi été soit intégrées complètement par le métissage, soit décimées de manière drastique (spécialement en Patagonie).
Dans la commune de Panguipulli, qui compte 35000 habitants, 45% de la population est d’origine Mapuche. Le terme « Mapuche » vient de « mapu », qui veut dire terre, et de « che », qui signifie « gens ». Les Mapuches sont donc « les gens de la terre ».

Depuis l’élection d’Alejandro Koheler à la mairie de Panguipulli, il existe un bureau qui donne une représentation physique à cette communauté. C’est la première mairie qui offre aux Mapuches une représentante : Maria Virginia Hernandez.

Elle explique que la création de ce bureau était nécessaire pour canaliser les demandes mapuches et résoudre les problèmes entre Mapuches et Huincas (descendants des conquistadors espagnols). Beaucoup d’abus sont alors commis à l’encontre des populations indigènes : exécutions sommaires, maisons incendiées, vols de terres… Malgré la pacification de l’Araucania (région du sud du Chili) en 1882, les exactions perdurent. L’histoire a nourri une réflexion traduite par la nécessité de reconnaître l’existence de 2 cultures, mapuche et huincas. Ainsi est crée, il y a 10 ans, la CONADI (corporation nacional de desarrollo Indigena), institution publique chargée du développement de la culture indigène à travers la reconnaissance de leurs droits sur tout le territoire, et qui dépend du ministère de planification nationale. Les Mapuches ont leur propre langue, leurs propres coutumes. La langue Mapuche ( le mapudungum) est enseignée à tous les élèves dans les écoles primaires dont la population est majoritairement mapuche.
Le peuple Mapuche se divise en de nombreuse communautés, qui diffèrent selon le Nord et le Sud du Chili. Ce qui change, c’est d’une part les rites (chansons…) et d’autres part par les croyances. Dans le Sud, les Mapuches croient en quatres divinités : les anciens, qui représentent la sagesse, la connaissance, et les jeunes, qui représentent la fertilité et l’énergie. De Temaco à Arica, les Mapuches croient en trois divinités : Dieu, la mère et l’enfant, ce qui se rapproche de la religion catholique.


Maria Virginia Hernandez

Le jour de l’an, qui a lieu le 24 juin, les Mapuches prient pour que l’année qui commence soit bénéfique. A 5h du matin, les femmes et les hommes dansent pendant 30 minutes. Vers 6h, ils se baignent pour purifier leur corps et leur âme et récitent une prière (la Guillaturr) pour que la pluie leur apporte l’eau nécessaire à des récoltes abondantes.


Un représentant de la communauté Mapuche
La cohabitation entre élèves Mapuches et Huincas ne semble poser aucun problème d’ordre discriminatoire dans les écoles de la commune de Panguipulli. Néanmoins, il existe encore une génération dont les parents ou les grands-parents ont été torturés ou qui se sont vu voler leurs terres. Aussi se battent-ils aujourd’hui pour qu’on leur restitue ces terres. Le maire de Panguipulli, soutenu par des avocats, entame des procédures judiciaires pour aider les Mapuches à récupérer leurs biens par la voie pacifique. Le gouvernement a lui aussi entrepris de racheter des terres usurpées par les Huincas. Le secrétaire de planification communale, Pedro Torres Pedrero, reconnaît que le gouvernement fait des efforts pour garantir la sécurité des Mapuches et préserver leur culture. Mais il admet également que le gouvernement se canalise d’abord sur les problèmes de santé, d’éducation, d’électricité et d’eau.


L’école rurale de Nancul
par Pascal et Léna


Conférence de presse à l’école de Nancul


Fini les vacances, on est le 8 mars, c’est la rentrée des classes ! Ici au Chili, la période scolaire - comme les saisons, est très différente de celle qui rythme l’année des élèves français. Les écoliers ont cours du 8 mars au 23 décembre, de 8h30 à 13h30 le matin et de 15h à 16h30 l’après-midi.
L’école de Nancul, rattachée à la ville de Panguipulli à 15 km, est une école catholique subventionnée par l’Etat, l’Eglise ainsi que par des institutions indépendantes comme la fondation du magistère de la providence. 120 élèves, garçons et filles, la plupart enfants de paysans, étudient dans cette école. Luis Ojeda Lagos, le professeur d’histoire, m’avoue que les diverses subventions suffisent tout juste à payer le salaire des professeurs, mais qu’ils n’ont néanmoins jamais autant gagné qu’en ce moment. Revenons à l’école. Les enfants y sont admis en « pré-basique », l’équivalent de notre maternelle, puis en « basic » ( de 5 à 12 ans), qui correspond à notre école primaire. Au-delà, ils entrent à l’école moyenne en ville qui, vous l’aurez compris, équivaut au collège français. A l’école de Nancul, ils étudient les mathématiques, l’espagnol, la communication, les sciences naturelles, les sciences sociales, les sciences techniques et d’investigations, la musique, les arts visuels et d’orientation, ainsi que le sport. Ils apprennent d’ailleurs un jeu collectif ancestral pratiqué par les Mapuches : le Palin (ou Chueca en Mapuche). Ce sport, réservé aux hommes, se joue pieds et torse nu, sur l’herbe, et consiste à mesurer la dextérité des joueurs à envoyer une balle dans le camp adverse. Il ressemble un peu au polo finalement !


La récréation

Comme dans les écoles municipales, les élèves de l’école de Nancul doivent porter un uniforme. Même s’il varie quelque peu, cet uniforme est national. Les classes sont mixtes. Le professeur d’histoire admet que le niveau scolaire est relativement bas, mais il insiste sur la docilité des élèves. Ils sont agréables, bien éduqués, et considèrent les professeurs comme des membres de leur famille. Les professeurs et les élèves nouent donc des liens très forts. Certains élèves parcourent plus de 7 km à pied pour venir à l’école car le bus scolaire ne passe que sur les grands axes.
La rencontre a été tellement chaleureuse, avec les professeurs comme avec les élèves, que j’ai immédiatement pensé à leur proposer un jumelage avec l’école française de la Ferrière Harang, près de Vire dans le Calvados. J’ai pu ainsi leur montrer les travaux réalisés par les élèves de France, des cartes situant le village, des portraits de chacun, des photos de groupe. L’école de Nancul a accepté avec joie ce jumelage qui ouvrira à ces deux écoles des univers nouveaux !


Photo de classe !

Rencontre avec Daniela
par Thomas

Daniela Millaguir a 10 ans, elle est élève à l’école rurale de Nancul. Depuis la séparation de ses parents, elle habite avec sa mère et ses deux frères de 5 et 13 ans dans la ville de Panguipulli, à une quinzaine de kilomètres de l’école. Elle prend ainsi le bus scolaire pour être en cours à 8 heures. Comme tous les autres élèves de cette école, Daniela n’a cours que le matin et quitte l’école à midi.


Daniela et Thomas

Cette jeune fille au grand sourire a des ancêtres mapuches. Et si elle confie aux raideurs ne pas pratiquer les rites mapuches dans sa famille, la culture de son grand-père lui a néanmoins donné un nom de famille mapuche, bien distinct des noms aux consonances espagnoles.
Pour que je n’oublie pas notre rencontre, Daniela m’a offert sa casquette, et pour qu’elle ne m’oublie pas à son tour, je lui ai offert un t-shirt de « La Grande Dame des Andes », qui lui fera sûrement une superbe chemise de nuit ! Léna, qui fabrique elle-même des boucles d’oreilles, était vraiment contente de lui en faire choisir une paire colorée.

 

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