.Au
Chili, l’été tire à sa fin,
mais la neige éternelle recouvre toujours le sommet
de sa majesté, 3400 mètres plus haut. Pour
autant, le groupe n’a pas perdu au change : le cadre
est somptueux, et l’effet encore renforcé
par la pleine lune. Le vrai premier bivouac est de bon
augure. Tous sont dans le vif du sujet, et quand bien
même quelques tâches restent à faire,
afin de faciliter la suite du raid, du moins sur le plan
logistique. Mac Gyver n’a qu’à bien
se tenir ! La galerie de leur autocar est en effet surmontée
d’un coffre « fait maison ». Quatre
planches de bois, une dizaine de mètres de fil
de fer, une poignée de clous, et le tour est joué.
Pendant
ce temps, les autres raideurs ont monté les tentes
et préparé le repas. Le premier pris en
condition réelle. La nuit s’annonce somptueuse.
Elle sera courte aussi. Plus que prévu pour tout
dire, car la météo change vite en zone montagneuse.
Vers trois heures du matin, de violentes rafales de vent
emportent les double-toits des tentes. Rien à faire,
il faut bien s’extirper des sacs de couchage et
reconstruire le bivouac. Les premières gouttes
de pluie finiront de convaincre les plus réticents.
Pour ne pas dire les plus frileux.

Le vent a soufflé fort, la preuve !
Vendredi
5 mars.
Cela n’empêche pas Lionel de réveiller
ses troupes à 7 heures. La journée est forte
en symboles, puisque c’est ce vendredi que débute
réellement le rendez-vous prévu depuis plus
d’une année avec la Grande Dame des Andes.
Pas conviée à partager ce moment aussi privilégié
qu’intimiste, la pluie s’est néanmoins
invitée. Les plus courageux étaient à
peine revenus d’un bain pris dans le torrent (quelle
salle de bain !), les tentes venaient juste d’être
repliées dans les sacs, la vaisselle du petit déjeuner
n’eût pas le temps de sécher au grand
air que le vent a laissé la place à des averses
diluviennes.

Proverbe chilien : pluie du matin vaut un bain |

Non il n’y a pas l’eau courante dans le
bus, juste une bonne averse |
Pas
question d’attendre à l’abri de l’Albertomobile
: exigeante, la Grande Dame n’apprécierait
guère qu’ils la fassent attendre. Trempés
jusqu’aux os, les raideurs et leurs amis termineront,
chacun de leur côté, les missions définies
la veille.
Il est décidé d’entrer dans le vif du
sujet à quelques kilomètres de là,
à un jet de pierre du Laguna Verde (Lac vert). La
très forte concentration d’algues profèrent
à ce plan d’eau une magnifique couleur verte.
Enfin, quand le temps est plus clément, ce qui n’est
toujours pas le cas. Le raid commence donc officiellement
sur les berges du Laguna Verde . Les raideurs ont envie
d’en découdre, et quand bien même la
pluie continue à tomber. Marcel résume cette
impatience en quelques mots : « Pluie du matin n’arrête
pas le pélerin ».

Pendant que les raideurs préparent leurs compagnons,
Alberto et Victor préparent le parcours
En attendant, les pélerins en question doivent débarrasser
leurs « compagnons » à deux roues de
leur protection. Les vélos ont visiblement bien supporté
les quelques 13 000 kilomètres qui séparent
notre pays de Santiago du Chili. Joël, raideur chargé
de la bonne santé des « compagnons »
prend les choses en main et réassemble le kit. Deux
heures seront nécessaires afin de mener l’opération
de reconstruction à bien. Deux heures au cours desquelles
on sent la tension monter dans les rang des raideurs. On
touche du doigt ce que l’on imaginait depuis le début
de la préparation sportive.
A 12h30, le top de départ est donné. Marcel,
Aymeric, Pascal, Joël et Lionel partent à la
rencontre de la Grande Dame, que l’on sait imprévisible,
impitoyable, mais qui sait aussi se laisser courtiser par
ceux et celles qui la méritent.

Ça y est, le raid de la Grande Dame des Andes
est sur le départ |

Les conditions de la première «étape»
sont particulièrement difficiles |
Nos
amis chargés de la photo et du film savent eux aussi
que les choses sérieuses commencent. Conduit par
Alberto et Victor (à tour de rôle rassurez-vous),
le bus suit, se met à la hauteur ou double les raideurs,
à la demande de ces pros de l’image et du son.
La luxuriance de la végétation indique que
la pluie tombe plus souvent qu’à son tour.
La boue colle aux roues des vélos et macule les maillots.
Le bus suit toujours. Pas pour longtemps. Quinze kilomètres
après le départ, première difficulté
: des travaux sur la piste de latérite, qui plus
est dans un virage en pente, stoppe le bus.
La même pente a été avalée en
trois coups de pédales par les raideurs et leurs
montures, lesquels filent vers leur objectif. Les efforts
d’Alberto pour sortir son Mercedes de la gangue de
boue restent vains. Le frein à main a beau être
serré, le lourd engin recule et vient s’échouer
sur le bas-côté. Pour couronner le tout, des
trombes d’eau sabotent les efforts entrepris pour
nous sortir de ce mauvais pas. La Grande Dame les teste
visiblement. Toute leur énergie n’y fera rien
: l’Albertomobile ne bougera plus d’un centimètre.
Aux grands maux, les grands remèdes ! Une pelleteuse
en l’occurrence, mise là par la providence.

La côte est insurmontable pour l’Albertomobile,
seule une pelleteuse pourra le tirer de cemauvais pas.
L’engin
de chantier a donc été appelé à
la rescousse. A deux reprises, la chaîne qui relie
l’avant du bus à la pelleteuse va rompre. Mais
centimètre par centimètre, le premier progresse
pour finalement atteindre le haut de ce raidillon de quelques
dizaines de mètres. Pour les plus hauts sommets des
Andes, on verra plus tard…
Les raideurs, partis devant, connaissent eux aussi leur
première mésaventure. En situation normale,
une roue crevée constitue un banal incident de parcours.
Le bus eût été à proximité,
Pascal pouvait reprendre son chemin une fois sa roue changée.
Mais de bus, point ! Stoppant une voiture sur la piste,
Lionel décide d’aller à la rencontre
du bas suiveur, pressentant un souci. Ce n’est en
fait que plus d’une heure après la crevaison
de Pascal que les retrouvailles purent avoir lieu. Toutefois,
la pluie glaciale avait refroidi les corps et les muscles
des raideurs, à défaut de leurs ardeurs.
20 km après le départ, les raideurs sont stoppés
par une crevaison alors que le bus est toujours embourbé.
Le
principe de précaution s’applique aussi au
vélo. Préférant éviter tout
problème de santé, notamment musculaire qui
auraient pu mettre en péril la suite du raid, Lionel
a en effet décidé de stopper cette première
journée de vélo après 25 km seulement.
Déçus, quoique convaincus du bien-fondé
de cette décision, les quatre compagnons de route
de Lionel sont allés se refaire une santé
à l’abri du vent et des averses, sur les sièges
de l’Albertomobile.
Le chemin n’a pas été long pour trouver
le site du bivouac, à Entre Lagos dans une pâture
prêtée par un très modeste agriculteur.
Comme l’Afrique, l’Amérique du Sud nous
donne une belle leçon de solidarité. Ici,
on accueille les gens, quels qu’ils soient, d’où
qu’ils viennent, sans se poser de question, ni a priori.
Tout simplement parce que c’est dans la nature des
choses. A méditer…

Bivouac du soir à Entre Lagos, Lionel et Marcel aux
fourneaux
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